28.7.07

Tempête de merde.

L'auteur s'excuse par avance du caractère crétin (à quelques niveaux) de ce qui va suivre.



Finalem—heu c’est-à-dire qu’en gros il se peut que l’a
dicction (en puissance et/ou en acte) soit quand même le point centré d’Infinite Jest. Subtilement ou pas, elle et sa copine la "pursuite du bonheur" (sic) sont au milieu des pages, avec un David Foster Wallace qui louche tellement qu’il voit les deux côtés à la foi. Aussi et c’est peut-être pour ça que Dave W. n’est pas réellement atteint de strabisme, aussi donc les deux sont la même à peu de choses près—elles se ressemblent comme Isadora Duncan ressemble à Isidore Ducasse ou comme l’inverse.

Présentée sous diverses formes, allant des membres d’une sorte de centre de désintox (la Ennet House Drug and Alcohol Recovery House (mon dieu…)), les jeunes tennismen et -women qui pour certains se droguent à tout et n’importe quoi, au point pour Hal d’être encore plus entraîné par le fait de faire ses trucs en secret que par les résultats de ces mêmes trucs, ou encore l’entertainment ultime (samizdat) (en quelque sorte), l’infinite jest de feu James Incandenza qui divertit tellement qu’il en est comme létal… ; la poursuite, le fait et son résultat se confondent plus ou moins en une sorte de bouillie pleine de grumeaux méphitiques. Addiction qui découle probablement dans la lecture que pourra en faire tout un chacun ; la taille de l’objet, si elle ne peut prétendre à la nouveauté ni même vraiment à l’originalité, est néanmoins inhabituelle, la lecture demande un temps qui demande presque d’éviter toute lecture connexe si l’on se presse à l’avaler rapidement.

La chose gênante avec cette approche est que le bouquin est lui-même l’entertainment dont il parle, le divertissement ridiculement divertissant, s’en gaver est donc assez particulier. La chose drôle veut que cette approche d’intoxiqué soit accompagnée par une rigolardise sur le sujet, une comiquerie qui dit qu’en fait l’intox n’est pas là, plutôt elle l’est mais prise à un degré quelconque du moment que ce n’est pas le premier (ou plutôt comme toujours que le premier est là mais embourbé dans les dix-huit suivants). Distance inhérente à n’importe quelle lecture, mais qui revêt ici une forme sympathique, très métafictionnelle si l’on veut. DFW en offrant ses précisions de toutes sortes, ses digressions assenées avec un vrai faux vrai sérieux, offre avec elles un ton tendre comme un steak (tendre) (bon aussi tant qu’à faire) assez érudit et bon enfant qui ne découragera pas le lecteur (le national bestseller sur la couverture aurait pu ne jamais exister avec quelques légères modifications*) lambda, comme dit msieur Eggers dans sa préface. Bref.

IJ est long comme une course de fond (plus une marche athlétique qu’un marathon, étant donné l’esthétique (sic) de la chose) et se lit comme un espèce de sprint, sans que l’essoufflement existe même vraiment. Comme une course et contrairement à l’entertainment, aucun climax n’est présent. Etrange—un peu lourdingue et finalement plus foutrement cohérent que ce que le premier abord donne, mais aucune réelle montée vers un moment qui serait l’apex du truc, à moins peut-être de retourner au début du bouquin. Divertissement qui dépasse plus ou moins sont statut plus qu’assumé de divertissement. Reste à savoir, comme l’auteur et ses personnages se demandent dans quelle mesure James Incandenza non bref en gros à quel point David Foster Wallace use les touches de son clavier en proposant un détail d’un détail d’une histoire souvenue d’un personnage secondaire dans une prolixité (addiction) assez parfois malvenue au lieu de réellement faire avancer sa barque, et (à savoir toujours) si la barque en question a besoin d’avancer. Reconnaissons-le, si certains personnages sont comme qui dirait bien construit et dont l’évolution reste presque exemplaire du seul point de vue de leur construction en tant que personnages littéraires, l’ensemble souffre d’un manque d’approfondissement, le comble pour un roman qui se propose de donner des détails à foison. Que ce soit voulu (partiellement ou non) ne change pas véritablement le problème. Problème somme toute assez minime au vu du reste, de son portrait de quelques drogués en train de monter la pente, de drogués en roue libre dans la descente vers leurs enfers ou les dé-drogués tentant d’escalader la falaise dont ils se sont déjà bien cassé la gueule ; Hal finalement se trouve dans les deux premières positions évoquées. D’abord prenant ce qu’il prend comme ça, puis ayant quelque mal à s’en dépêtrer, puis étant passé de l’autre côté. « Call it something I ate. », dit-il dès le début du roman (qui chronologiquement est sa fin) (étant jeune, il a mangé une sorte de produit champignonneux qui pourrait être la cause à retardement de son état), comme une excuse pour son manque total de communication présentement présent—alors qu’il croit parler, il hurle. Excuse bien faible de son statut même de justification. On ira, parmi d’autres possibilités, se dire que c’est un juste retour de bâton gluant, du genre ‘la drogue c’est pas bien’ ou admettre qu’il a simplement craqué.

Hal, juste fils de son père, qui on se doit de le préciser encore, s’est suicidé en mettant sa tête dans un micro-ondes hermétiquement fermé (ou fixé) autour dudit crâne.


Peut-être l’autre personnage principal est-il Don Gately, qui occupe une bonne partie des dernières pages, lui sur la pente ascendante, même si dans un lit d’hôpital devant lutter comme un médecin philippin ( ? ) pour ne pas qu’on lui refile les choses qu’il veut éviter. Rêvant peut-être de Joelle van Dyne (anciennement petite amie d’Orin Incandenza et muse de James, Prettiest Girl Of All Time (P.G.O.A.T.), maintenant voilée parce qu’elle s’est pris un jet d’acide en pleine poire ,et en voie de désintoxication) et se remémorant son passé de B.I.M. (Big Indestructible Moron) jeune joueur de foot (comme Orin donc) puis ses chutes et son appartement sur le sol duquel lui et son pote Fackelman ( ?—j’écris tout ça sans relire ou rechercher dans le bouquin) pissaient (et désormais, dans son lit d’hôpital, il pisse dans un tube, l’opposition entre les deux états est une bonne idée, une drôle de bonne idée mais une idée sympathique).

L’addiction jusqu’à son paroxysme est peut-être poussée quand, dans des passages moins importants (façon de parler) du roman de jeunes canadiens jouent à sauter devant des trains, expliquant ainsi le manque de jambes des fameux A.F.R.—les Assassins des Fauteuils Rollents (sic)—qui pour les plus jeunes vont en fin de roman jouer au tennis, ou quand le père d’un protagoniste va devenir une sorte de fan absolu de M*A*S*H, absolu oui. L’addiction face à des substances plus classiques des autres, avec ou sans ce qu’on considère ou non comme des raisons de s’échapper.

Pas de réelle collision entre les trois histoires du roman (les jeunes joueurs de tennis ; les séparatistes en fauteuil ; les mi-désintoxiqués), mais des croisées dans un peu tous les sens, sans que le besoin de se faire se percuter les trois dépasse le reste (après tout, quel intérêt tout court et quel intérêt pour l’histoire elle-même ?). A a déjà rencontré B, dont la fille est la coiffeuse de l’ex-mari (comme dans les histoire de gens qui connaissent untel) de C, lui-même (pourquoi pas ?) totalement absorbé par les films de X, qui lui a déjà eu pour acteur Q, le neveu de K, fils de U (ancien amant de O) et de A. Ou plutôt, dans l’optique d’IJ ; A connaît B, B connaît C, A connaît C, mais le triangle entre les trois est à peu près vide.

Le triangle en question est 1) scalène, 2) à peine en réalité un triangle mais tout juste trois points plus ou moins fortement attachés entre eux, donc tout va donc pour le mieux. Le plus idiot étant que (et c’est aussi lié à l’absence de climax évoquée plus haut) l’on s’attend à voir les trois choses se télescoper, parce qu’« enfin bordel elle sont là », sans qu’il n’y ait de raisons valable de faire se rencontrer des terroristes cul-de-jatte cherchant une copie de l’infinite jest (soit l’entertainment ultime et fatal laissé par James), de jeunes joueurs de baballes même si on trouve la femme de James, son beau-frère et deux de ses fils là-bas, et des drogués en voie de guérison ( ? ) (même si son ancienne muse est avec eux). Feu J.O. Incandenza est le sommet (l’apex encore) un peu seul et évanescent d’une pyramide bancale, logeant le pic d’intensité du roman en-dehors de ses pages, un peu gênant comme situation. Le plus étrange étant qu’apparemment pour les gens blurbés derrière ou avant le roman, créer des attentes pour ne pas les tenir est INCROYABLE D’INTELLIGENCE CREATIVE etc. (mon dieu), DIABLEMENT ORIGINAL (ah) et peut-être même (couplé au style de Wallace) la prochaine étape de la fiction (avec une comparaison rapide à ce niveau avec Beckett, Pynchon et Gaddis—eh ben). Oui, un peu, et surtout non. Mais un peu.

Finalement, le seul personnage d’Orin (‘O.’—odot ?) semble appartenir à autre chose. Il est plus que certainement accro à quelques trucs (les conseils avisés d’Hal, les femmes par exemple), sans que son personnage pourtant équilibré d’une drôle de manière sombre ou émerge d’un type de folie induit par un trop-plein d’un quelque chose non recommandé. Ma foi. Orin in the sky with balloons. Ou sans—agités du bocal, des bocaux, buccaux voire anaux.
Explosion contrôlée. Explosion ? Comme cette tempête cliché qui renifle le drame et qui s'enfuit avec lui.
*
*
*
*
*Sans vouloir taper dans la note à la Wallace, je dois signaler que j'ai trouvé un peu par hasard un exemplaire de son recueil de nouvelles brief interviews with hideous men, daté de '99 mais piochant probablement dans des choses écrites en même temps qu'infinite jest, et que même en tapant dans le plus violent, le plus lourd, le plus ennuyeux, le plus "je joue avec le quatrième mur", ça a l'air de se vendre aussi.

26.7.07

98.6%

Après une double-session (cinq ou six jours, trois semaines de pause, puis trois nouveaux jours) de lecture d’Infinite Jest, le roman est achevé. Avant d’en parler en long, large, circonférence, travers et surtout en diagonale, quelques citations piochées par-ci par-là (chez d’autres auteurs) qui me semblent avoir une certaine résonance avec IJ, pour quelque raison que ce soit, qui seront plus à leur aise toutes seules qu’avant un petit papier sur un autre roman (et comme ça, je peux en ajouter).

Bien évidemment, l’ordre de ces citations est très savamment étudié.

« You feel okay ?
No, I feel like shit.
It’ll get better.
Yeah.
Trust me.
Yeah. »
— James Frey, A Million Little Pieces.

« I awoke from the Sickness at the age of forty-five, calm and sane, and in reasonably good health except for a weakened liver and the look of borrowed flesh common to all who survive The Sickness. … Most survivors do not remember the delirium in detail. I apparently took detailed notes on sickness and delirium. I have no precise memory of writing the notes which have now been published under the title Naked Lunch. The title was suggested by Jack Kerouac. I did not understand what the title means until my recent recovery. The title means exactly what the words say: NAKED Lunch—a frozen moment when everyone sees what is on the end of every fork. »
—William Burroughs, Deposition: testimony concerning a sickness (1960).

« … j’en vis une puis deux puis trois crevant les confettis vert clair laissant juste dépasser le bout de leur tête avec leurs petits yeux gros comme des têtes d’épingle qui me regardaient il y avait un léger courant et j’en vis une dériver lentement se laissant entraîner entre les archipels de confettis agglutinés de la même couleur qu’elles on aurait dit un noyé écartelé la tête à demi hors de l’eau ses délicates petites pattes palmées ouvertes puis elle bougea et je ne la vis plus … »
— Claude Simon, LA ROUTE DES FLANDRES.

« Le regret qu’on les hommes du mauvais emploi du temps qu’ils ont déjà vécu, ne les conduit pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivre, un meilleur usage. »
— La Bruyère, Les Caractères, XI, 46.


« Le soleil brillait, n’ayant pas d’alternative, sur le rien de neuf. »
— Samuel Beckett, MURPHY,—ouverture.

« Et ensuite se déchaîne une tempête de merde. »
—Roberto Bolaño, nocturne du chili.


Dans l’extrait de Claude Simon, ce qui est vu par le narrateur est une grenouille (puis deux, puis trois donc). Dans la Deposition de Burroughs, il y a bien à un moment quatre points (un premier, puis ceux de suspension—chose étrange qui se trouve finalement assez couramment). Voilà.

10.7.07

Pour toi, cheval




There’s naw—thing
-----lak po—ee try
it’s a delicacy
---for ----a horse:

Dere’s na—thing
----lak pea----nut-brittle
it’s a delicacy
---for ----the molars.

I ain't omnipotent and I don't want to X no Goddamn Barbiedoll.

Pour des raisons indépendantes de ma volonté, je n'ai pu lire que douze pages (environ) d'Infinite Jest depuis lundi dernier. C'est peu surtout comparé aux 550 environs de la semaine d'avant, ça prend du temps, c'est fait pour et si le temps manque—de ma volonté donc. D'un autre côté, ces raisons m'ont permis de lire l'Atrocity Exhibition de Ballard, environ un quart des Sixty Stories de Barthelme, quelques autres choses et hier soir rapidement environ trente pages du Temps où nous chantions, le genre de truc qui te fait ouvrir la bouche et baver sur tes pages tellement c'est bô.

Mais. reprenons. Après tout, comme disait à peu près l'autre; I like big books and I cannot lie, you other brothers can't deny, etc. Etc.

Vite.
Famille Incandenza. Harold (Hal), Mario (Booboo), Orin (O.), Avril (The Moms), feu James (Himself), même Charles Tavis (Tavis est anagramme de Vista).

Incandenza.

Incandenza = En cadence. Le rythme est un peu lourd mais fonctionne. Sur quelques pavés paragraphés et quelques phrases rebondeuses l’histoire entre tennis, détox et fauteuils roulants parcourt de longs trajets. Le découpage a parfois l'air un peu pataud (au niveau des chapitres — e.g. le premier qui pour l’instant est le plus tardif du point de vue de Cronos, qui laissait à penser un faux fourre-tout de vazévients entre l’année des barres chocolatées et l’année du Roi burger mais qui se limite (entre parenthèses et guillemets) à voguer sur celle des couches pour adultes et donc à un rigolard essai de "je vous montre la fin avant le début sauf qu'en fait la fin (le début) on s'en branle un peu. Déjà que le début était double), la chose dans son ensemble ressemble à une course de fond sprintée qui parfois (fois) se renverse des seaux de café pour continuer.

Incandenza = Incandescant. Là, limite étant donné que ça comprime et –presse en gros ce que je dirai peut-être dans le commentaire (ment) post-IJ, qui selon toute vraisemblance devrait arriver dans les quelques mois à venir (finalement je me suis aperçu que quand Dave Eggers dit dans sa préface qu’il l’a lu en un mois et qu’il n’a pas fait grand’chose d’autre, il avait bien raison, c’est un bouquin qui est ce dont il parle en demandant pas mal de temps et d’attention(s), à éviter de lire à doses médicamenteuses (ment) posologiquement régulièrement faibles, mais à prendre comme une espèce de drogue à haute doses quitte à frôler l’OD et passer par des trous des hauts des bas des collants passer donc par des périodes de manque). Mais

"I ain't omnipotent and I don't want to X no Goddamn Barbiedoll."
Ortho Stice, page 550. ça, c’est incandescant.


Incandenza = Inc. Bien trouvé et trouvé au milieu du bouquin en plusieurs exemplaires. Inc—incorporated. ça fait très imposant tout ça.
Flemme.

Incandenza = ink. En fait, non.

(En trois clics à partir d'un google Infinite Jest, on tombe sur des informations passionnantes;
"In Australia, Milky Way bars are also available in Banana flavor.")

28.6.07

Pinch me.

Au fil de la lecture d’Infinite Jest et même avant, le parallèle de sa longueur avec celle du pynchonien Against the Day ne frappe pas mais est posé là, à côté du bouquin. Si techniquement il m’apparaît qu’IJ est bien plus long qu’AtD, le nombre le plus haut que l’on trouve dans l’un comme dans l’autre est sensiblement le même (1079 et 1085). Après un millier de pages, l’attention n’est d’ailleurs plus spécialement retenue par la quantité. Bref.
Le parallèle n’étant pas en soi spécialement intéressant (le nombre de pages en commun n’est pas spécialement un facteur de semblabilité), il acquiert une nouvelle dimension quand il n’est plus parallèle (ou plutôt quand on s’aperçoit que ça n’est même plus drôle d’estimer qu’il y en avait un) et que l’on trouve des choses que l’on a déjà trouvé chez Pynchon et qui reviennent chez Wallace, volontairement.

On peut par exemple citer le phénomène de bröckengespenst (page 88), sorte d’ombre géante que l’on projette en se situant en un point élevé approprié. Wallace donne Goethe et son Faust comme origine du nom quand Marathe et son fauteuil de rollent (sic) recouvrent des hectares de sol.
Oui. Mais. Pas mais, mais mais. On se souvient que dans Gravity’s Rainbow, partie 3…
Just before dawn. A hundred feet below flows a palid sheet of cloud, stretching west as far as they can see. Here are Slothrop and the apprentice witch Geli Tripping, standing on top of the Brocken, the very plexus of German Evil, twenty miles down north by northwest of the Mittelwerke, waiting for the sun to rise. […] As the sunlight strikes their back, coming in nearly flat on, it begins developing on the pearl cloudbank: two gigantic shadows, thrown miles overland, past Clausthal-Zelterfeld, past Seesen and Goslar, across where the river Leine would be, and reaching toward Weser. […]
Around this parts it is known as the Brockengespenst.
God-shadows. Slothrop raises an arm. His fingers are cities, his biceps is a province—of course he raises an arm.

Etc. Le passage qui suit est dans la continuité des visions de ce phénomène.
(pages 334 et 335, Penguin Classics - deluxe edition)

Et en français ;
Juste avant l’aube. Cent pieds plus bas s’étend vers l’ouest une nappe de nuages blafards. Slothrop et son apprentie sorcière Geli Tripping sont au sommet du Brocken, la source même du mal allemand, à trente kilomètres au nord-ouest du Mittelwerke. Ils attendent que le soleil se lève. […] Le soleil frappe leurs dos, presque horizontalement, et atteint la masse de nuages nacrés : deux ombres gigantesques qui s’étendent sur des kilomètres de campagne, recouvrent Clausthal-Zelterfeld, Seesen et Goslar, de l’autre côté de la Leine, en direction de la Weser…
[…] Ici, on appelle ça le Brockengespenst.
Des ombres divines. Slothrop lève un bras. Ses doigts sont des villes, ses biceps une province—bien sûr, il lève son bras.

Etc.
(L’arc-en-ciel de la gravité, pages 327 et 328—traduction de Michel Doury, éditions Seuil)

So. Goethe. Mais Pynchon. Oui. Wallace a bien pour lui l’avantage d’avoir foutu un tréma sur le O de brocken, mais Slothrop (en Ian Scuffling ? Rocketman ?) est lui-même sur le Brocken, on ne se refuse rien.


Autre chose qui s’explicite assez bizarrement (et comiquement dans cette espèce de vrai faux vrai sérieux qui caractérise les digressions géantes qui ponctuent IJ) dans la partie d’Eschaton jouée lors de l’Interdependence Day (8 novembre) (pages 321 et suivantes), un jeu concompliqué qui allie balles de tennis et conquête géopolitique pour des moins de dix-huit ans. En grande partie basé sur des lobs, l’Eschaton voit lui aussi ses paraboles bombiques tomber un peu partout. Les V-2 et autres choses ré-attirées au sol par la gravité deviennent ici des balles de tennis usées au milieu de shorts, de coquilles et de chaussettes supposées représenter des choses si l’on est un peu imaginatif. Chapitre en sorte de parodie de Gravity’s Rainbow (qui était déjà sa propre parodie et ainsi de suite—IJ est aussi sa propre parodie), toute cette partie très renfermée sur elle-même donne une drôle de vision d’une guerre de nains. Je précise que ce parallèle s’est opéré dans mon ciboulot sur le seul rapport entre l’arc-en-ciel Pynchon et le lob(ster—homard que Wallace a l’air d’apprécier…) de DFW. Toutes ces choses de lobs sont aussi présentes chez Orin (ça fait très nordique divin comme nom, non ?) et ses capacités au foot américain, plus précisément au punt, coups de pied dans le ballon-œuf qui s’envole et n’entend plus rien avant de siffler et s’écraser sur le vert ligné de blanc du sol.

D’autres rapports ou clins d’œil plus ou moins évolués doivent se trouver là ou plus loin. En attendant, une partie de la note 110 (page 1007) fait poindre un sourire (plus loin dans cette même note, en fin de page 1014, on le nous rappelle d’ailleurs, pour les gens qui auront survolé le début de note (s’ils ont survolé le début, il n’y a aucune raison qu’ils ne survolent pas non plus les dix ou douze autres pages qui la constituent, mais—)) en évoquant un motif récurrent pynchonien. Même si après recherches rapides je m’aperçois que j’y ai vu ce que je voulais y voir peut-être plus que vous comprenez, j’ai vu et ça me suffit. Pedro, salive encore un peu (le mien aussi a mis quelque temps à arriver), tu verras. Et si j’ai vu ça, c’est que Dave Wallace n’est pas innocent. Il paraît.

A.h. Ayant reçu infinite jest en même temps (pour rester Pynchon) que Mason and Dixon, et après avoir parcouru un petit paquet (vingt peut-être) de pages, je me suis demandé en sachant déjà la réponse, si Mason et Dixon sauraient me faire mélodier leurs phrases (chez Wallace c'est tout de même très différent et foutrement moins joli). J'ai ouvert, regardé sans même lire et...



Snow-Balls have flown their Arcs, starr'd the Sides of Outbuilding, as of Cousins, carried Hats away into the brisk Wind off Delaware,-- the Sleds are brought in and their Runners carefully dried and greased, shoes deposited in the back Hall, a stocking'd-foot Descent made upon the great Kitchen, in a purposeful Dither since Morning, punctuated by the ringing Lids of various Boilers and Stewing-Pots, fragrant with Pie-Spices, peel'd Fruits, Suet, heated Sugar,-- the Children, having all upon the Fly, among rhythmic slaps of Batter and Spoon, coax'd and stolen what they might, proceed, as upon each afternoon all this snowy Advent, to a comfortable Room at the rear of the House, years since given over to their carefree Assaults.


Oui, ils sauraient.

27.6.07

Vers l'infini et en deçà !

Infinite Jest.
De David Foster Wallace. Publié en 1996 et se déroulant dans son ensemble à peu près maintenant à deux années près.1 kilo 2 environ (un peu moins), 1079 pages dont une petite centaine consacrées à des « notes and errata » (au nombre de 388). Pour l’instant, 180 lues (avec 59 notes). En guise de note, je précise que si citations il y a, elles seront accompagnées du numéro de page correspondant à l’édition que j’ai (celle du dixième anniversaire de parution, à 10$, avec préface de Dave Eggers qui nous explique sa faim).

Introduisons donc. Rapidement.

Le titre du roman vient d’un film (en réalité de cinq) que l’on retrouve dans la filmographie de James O. Incandenza (en cadence !)—filmographie relativement étendue de ce cinéaste d’après-garde—, personnage décédé pendant une bonne partie de l’histoire et père du pour l’instant protagoniste principal : Harold Incandenza, Hal pour les intimes et les autres aussi. Sachant que la cinquième version est inachevée (presque : Incandenza est mort durant la post-production, suicidé par un four à micro-ondes), on peut parler d’Unfinite Jest, qui est incorrect mais rigolo. Disons aussi qu’il y aura cinq vues de plus en plus ensembles sur la totalité du bouquin, et j’espère ne pas me faire attaquer par un four à gaz après. Le plus drôle sera de chercher après coup d’où vient le titre des films d’Incandenza.

Le problème des quelques mots qui vont suivre est principalement qu’ils ne s’axeront que sur les 200 premières pages du bouquin, ce qui bien évidemment empêche une vue d’ensemble mais aura au moins le mérite avec les autres papiers écrits dessus à la suite d’avoir un avis que l’on peut supposer évolutif et plus large qu’un condensé post-lecture. Bref tout cela est bien mignon et Dave Wallace est assez drôle, paraît très capable d’un seul point de vue de la collusion des styles, les chapitres découpés suivant des années portant des noms de produits (imaginez, en français, que l’an 2032 pourrait être l’année du PQ Moltonel© ou l’année des Pringles parfum menthe-abricot à 23 kcal aux cent grammes), lancés dans une sorte de désordre joyeux. Le monde Nord-Américain présenté est dirigé par l’O.N.A.N., qui, en plus d’être l’Organisation des Nations d’Amérique du Nord, est aussi un bon prétexte pour faire des blagues onanistes.

Hal Incandenza est un jeune tennisman étudiant à l’E.T.A. (Enfield Tennis Academy—fondée par feu son père), réciteur de l’English Oxford Dictionnary et fumeur, bongeur ou sniffeur d’une quantité de choses (à ce propos, les précisions apportées sur une foule de foule de trucs pas, peu ou prou nets sont légion et feraient presque pâlir William Burroughs). Orin, son grand-frère est joueur pro chez on s’en fout, et Mario, l’autre grand frère moins grand tout de même (l’étrange est que lors de son premier dialogue avec Hal, je n’avais aucun doute sur qui était le grand de l’autre frère, avant de voir qu’en fait non—comprenez ce que vous voudrez sur ce que peut être Mario). Et d’autres. Dont des séparatistes du Québec ; les Assassins des Fauteuils Rollents. Et cætera, et cetera. L’affaire se corse à Enfield ou plus loin quand le père de feu James O. En Cadence pond à son fils (en 1960) un monologue d’une dizaine de pages (c’est écrit assez petit) supposé l’aider à le faire devenir le grand joueur de tennis qu’il deviendra, le former dans son futur jeu étant donné que lui (le père de James) a eu un père absent qui ne venait jamais à ses matchs sauf une fois, que tout cela est de toute façon la faute de Marlon Brando (et un peu celle de James Dean), quand D.F. Wallace nous explique pendant environ le même nombre de pages pourquoi ô grands dieux pourquoi malgré toute cette nouvelle technologie visiophonique et ainsi de suite pourquoi les gens préfèrent le bon vieux téléphone avec ses six et six² (=36) trous pour parler et entendre quand ils sont loin ou encore quand John (« Aucun Rapport ») Wayne, camarade d’Hal et tennisman numero uno du continent américain de moins de dix-huit ans, corrige oralement une faute écrite qui ne s’entend probablement même pas (plateaux et non plateaus, encore un mot lié au cinéma d’ailleurs), en sachant que James En Cadence possède dans sa filmographie une sorte de documentaire (une parodie d’antidocumentaires poststructurels pour être exact) intitulé Homo Duplex, consistant en interviews de quatorze dénommés John Wayne et n’ayant aucun rapport avec le fameux acteur, quand d’autres éléments de cette filmographie se retrouvent placés au milieu de l’histoire par touche voire quand un de ses travaux est à peu de choses près une scène du roman (Hal et le conversationalist par exemple), quand on retrouve des notes qui font huit pages (c’est écrit encore plus petit…) et des phrases anacondalement longues et drôles et qu’on se sent plus ou moins obligé d’en placer au moins une de taille certes conséquente par convention mais somme toute réduite pour parler du bouquin en question (au moins ne ferais-je pas de note), l'affaire donc se corse en un ensemble Massachussetsien de drogués enfermés, de tennismen drogués, de rebelles en fauteuils roulants, de bâtiments en forme de poumon ou de cœur.

C’est drôle. Et bizarrement presque, attachant, de quoi avoir du mal à décrocher la tête de son bouquin. Le tennis, je m’en cogne. Et pourtant, ça marche.

Extroduisons. Pour la suite qui s’annonce encore longue mais à palpiter un peu au moins les doigts qui tou—qui parcourent les pages pleines de ce monde expérialiste au temps divisé par les hamburgers et les barres de chocolats.

22.6.07

Garçon, une absolut aux quaternions, s'vous plaît.

(initialement posté ici à la date indiquée (4 mai donc), pas de changement de forme hormis deux lignes supprimées qui renvoie aux notes précédentes sur le roman en question. Vu qu'ici il y a juste besoin d'un peu moler la molette de ta souris, tout va bien)

Le Roi est mort. Vive le R—’ai fini Against the day.
Mais pourquoi donc lire ATD ?

Parce que :
• c’est drôle.
• c’est intelligent et plus encore.
• amazon.com le fait à 10,50 au lieu de 35$.
• on y trouve des gens qui disent « Sodomizing idiots has never been my cup of tea. » ou « Tengo que get el fuck out of aquí. ».
• il y a la guerre et des explosions dedans. Et même des meurtres.
• c’est un magnifique roman.
• ça améliorera votre anglais.
• ça parle de Shambhala (beaucoup) et de pierre philosophale (peu).
• il y a du sexe.
• comme chez Philip Pullman on a des mecs dans un ballon qui vont dans la glace.
• de même une matière permet de voir ce que l’œil seul ne peut percevoir.
• cela de se répercuter sur l’ensemble du roman en oubliant la pierre en question (de l’iceland spar).
• c’est long à lire.
• il y a un personnage qui s’appelle Sophrosyne Hawkes.
• on y trouve entre autres des pirates, des anarchistes, des magiciens, des magnats de tout et de rien, des photographes, des mathématiciens, des explorateurs, des imposteurs, des scientifiques, des gens plus ou moins venus du futur, des diplomates, des espions, des détectives, des cow-boys, des bordels, des chiens qui parlent (en faisant Rff-rrf rfff rfrfrr), des femmes de ménage, des étudiants, des moguls, des golems, des mongols, des scientifiques encore, des cuisiniers, des technocrates, des mexicains, des archiducs, des actrices, des cascadeuses, des poseurs de rails, des tatzelwurms, des princesses, des transformistes, des enfants, des foies jaunes, des moines, des joueurs d’ukulélés.
• on trouve le mot Jacaranda dedans.
• c’est ponctué de jeux de mots ridicules.
• le roman est parsemé d’idées scientifiques incompréhensibles pour le commun des mortels (c'est-à-dire les blaireaux des mathématiques), très enthousiasmantes à l’époque et encore aujourd'hui.
• c’est ce qu’on a peut-être raté.
• c’est en quelque sorte un inventaire de choses qui n’ont pu aboutir.
• il y a des gens qui se dédoublent sans trop qu’ils le sachent et qu’on le sache non plus.
• il est aisé de s’y perdre et d’en redemander (d’où le fait que la longueur du bouquin ne soit pas un problème), de—presque—ne pas vouloir le finir.
• Parce que c’est lumineux et d’autres choses encore.


On peut d’ailleurs ajouter que si vous avez des vieux cahiers de brouillons dont vous ne savez que faire, utilisez-les, ça peut être pratique d’en noircir (ou bleuir) quelques pages au fil de la lecture, ne serait-ce que pour noter les noms des foules de gens qui peuplent Against the day.

Avec un petit peu de recul et avec l’impossibilité (mon incapacité) de résumer convenablement le bouquin tant les histoires se croisent et se subliment entre elles (et puis… après tout, résumer ce genre de chose ne m’a pas l’air d’un intérêt foudroyant), reste un fait, gros comme une maison ; Against the day est imposant. Etre exhaustif sur toutes les raisons, épuiser l’ensemble des points qui font apprécier ce titre est une entreprise bien trop longue, je suis [un] feignant. Quoi qu’il en soit, Thomas Pynchon offre une fois de plus un mélange de sérieux total, d’érudition pervertie (dans le sens que la réalité admise côtoie les idées les plus absurdes et/ou originales) sur des sujets scientifiques, historiques et politiques, économiques, sociaux, écologiques, les uns étant contenus dans les autres et inversement, une lucidité certaine sur le monde et ce qu’il est devenu (le personnage de Scarsdale Vibe, le gros méchant de l’affaire, n’a pas de profondeur ni de côté double, et en dehors de la facilité de l’affubler d’un manque de profondeur, il symbolise finalement assez bien ce qui peut-être se passe et surtout se passait vraiment ; S. Vibe est un symbole avant d’être réellement quelque chose d’autre) avec un humour, un absurde de certaines situations, allant du ménage à trois aux flirts basés sur les mathématiques. Avec la fin s’approchant on note une symétrie plus ou moins établie, les personnages vus dès le début du roman et partis depuis (retrouvés au coin d’un chapitre ou deux entre-temps) sont retrouvés, même un timbre (un "Penny Black", page 1083) rejoint le nom de quelqu’un évoqué mille pages plus tôt (Miss Penelope (« Penny ») Black, page 18), comme un clin d’œil qui se referme, on sent une certaine volonté d’ordonner tout cela, ou plutôt d’achever l’ordre qui a toujours été présent, l’architecture du roman, après les lignes diverses, asymptotes et paraboles, spirales et parallèles empruntées par les dizaines de gens rencontrés au fil de pages ; une fin qui répond au début, qui n’est pas une fin en soi, qui ne joue pas dans l’excès inverse en étant ouverte en diable ; une fin peu abrupte, dans la continuité d’une ligne de personnages qui par détours et cassages ont lutté contre une autre ligne formée d’une minorité hurlante, un monde double où la réalité du roman va se nicher dans quelque repli ou extension d’elle-même ; une fin qui sonne peut-être la fin de l’œuvre écrite de Pynchon dans une phrase magnifique, magique, quatre mots qui rejoignent la première phrase du roman dans la thématique en s’en éloignant radicalement sur le sens (pas tant que ça peut-être), qui fait vivre le roman pour lui-même.
Je ne peux pas réellement prétendre être perdu, un peu seul, après avoir refermé la dernière page du probable dernier roman de Thomas Pynchon, étant donné que je n’ai pas encore lu Vineland, Mason et Dixon (ni même son recueil de nouvelles de jeunesse ; Slow Learner), que je lirai et relirai probablement, mais reste cette sympho- qui redevient cacophonie en rangeant le volume, ce retour à plus grand-chose, la perte de la magie de la réalité qu’on devra retrouver petit à petit.

Toute une magie dans la multiplication des points de vue, en passant d’un personnage à un autre, d’une partie à un autre, la beauté (à quelques choses (au pluriel) près je lâchais une lâche larme) de la fin de la quatrième partie, l’arrivée de la cinquième après une vraie pause, un jour plus tard, ne faisant que vingt pages (d’un côté) et voulant faire durer le plaisir (de l’autre), se replonger tardivement dedans pour découvrir qu’on y avait raté quelque chose, comme on le fera, lisant quelques pages par-ci, par-là, évoluant en trompettant au milieu de paragraphes plus ou moins volubiles, cherchant détail anodin, bénin, chafouin, allusif ou extensif, reliant les personnages qui reviennent à leurs histoires passées, elliptiques, folles. Dans son roman où le passé, le futur et le présent n’existent plus vraiment, tous en collision au milieu des feuilles, Pynchon réussit à faire avancer son récit par cahots dans le temps, n’utilisant pas de destruction temporelle, de déconstruction chronologique, (ne l’usant en fait qu’une fois, dans un éclat de rire et un crétin aréopage de voyageurs du temps, qui se réunissent chaque année, leur 23ème session pouvant aisément se dérouler avant la 5ème), par une sorte de non-continuité faite de déchirures à travers le temps, et qui pourtant est totalement cohérente. Et s’il y en a, les solutions se trouvent autre part, sans qu’on ne sache plus si le lieu en question est la Terre ou une Contre-Terre, une Anti-Terre égale hormis quelques petits changements inconnus.

Cette période, cette histoire en marche, cette étendue rapide de la technologie sur le monde ; les trains qui vont de plus en plus loin, trouent les montagnes, un réseau qui toile le monde ; l’électricité qui se démocratise, tout cela, vu du haut, de la position céleste des Chums of Chance, les aéronautes qui ponctuent les pages (et c’est également, voire surtout, pour ça que leur position est bien tournée : ils sont du début à la fin à la limite entre le monde que l’on voit et celui qu’on ne voit plus), voguant à travers les nuages, estomaqués par la nuit qui disparaît petit à petit, assommée par les ampoules, les lumières nocturnes, incarnation d’un progrès démesurément (et c’est là tout le problème, la cohésion manque, personne ne sait ce qu’il fait, mais il le fait quand même, ce personne) assassin (il me semble qu’on trouve une association entre ça — l’étendue lumineuse de plus en plus dense — et Lucifer—les deux étant « porteur de lumière »s, avec l’idée que tout un chacun se fait de Lucifer, on est vite fixé), encore jeune, qui oublie sa part d’ombre en étant justement de plus en plus éclairci. Aujourd'hui, depuis quelques années déjà, la part d'ombre nous a réellement sauté à la gorge, la bifurcation est ardue. L'engrenage de S. Vibe commence à peine à rouiller que le mécanisme grince.

Si Against the day est peuplé d’anarchistes (convaincus à divers degrés) ayant une idée, ou plutôt des idées autant sur leur rôle que sur leurs actions face au reste du monde, ce n’est pas pour rien ; s’ils ne sont pas les plus efficaces pour faire changer la situation, au moins sont-ils les plus actifs à lutter (contre le jour, justement). Aussi perdus que les autres.
Je l’ai déjà dit un peu plus haut—ce qui ne veut rien dire, étant donné que plus haut j’ai prétendu que ces mots étaient écrits avec recul, et ce n’est pas vrai : ceci est une petite accumulation d’idées simplifiées et peut-être parfois biaisées—, mais Scarsdale Vibe, ainsi que d’autres qu’on ne voit pas, est monolithique, il n’est pas besoin de lui faire se demander si ses actions ont des répercutions terribles sur le monde de demain ou d’aujourd’hui ; il fait ce qu’il fait, sait, est dans un système qui ira de mal en pis mais s’enfonce quand même le doit dans l’engrenage. Tout le système qui consiste à voir dans le roman des personnages et des thématiques doubles ou triples, peut-être plus, parfois errant entre plusieurs versions d’eux-mêmes, ne s’applique à lui seulement dans la mesure où toutes ses versions ne sont qu’une seule et même version, uniformisée, tout à l’opposé d’un spectre qui voit un personnage disparaître puis reparaître avec un physique totalement différent. S’il meurt, tant pis, d’autres prendront sa place, une place semblable, et rien n’est résolu. On peut aussi voir dans la fin du roman quelque chose comme une continuité évidente, les gamins se font, les activités continuent ou non dans le même sens, tout continue, le passage à un autre état que celui présent demandant soit une progression par touches, plus ou moins constante, soit par une collision totale ou une translation directe dans quelque chose d’inconnu, ce qui serait possible avec un progrès qui prétend savoir où il va, ne sait pas comment y aller et se perd en route, comme il l’a toujours fait (avec un objectif Star Wars en sachant bien qu’il y aura un Empereur et un Dark Vador, mais après tout, les guerres dans l’espace, les explosions sans bruits et les milliards de tonnes qui s’affaissent dans le cosmos, ça doit être très joli et c’est pour ça qu’on y court).

Shambala est aussi là pour ça. Cette fameuse cité dont on ne sait rien. Qu’elle ait existé ou non n’est pas le problème. Elle agit comme contrepoint de ce qui est, aujourd’hui. Pynchon ne blâme probablement pas la construction se basant sur la destruction (après tout, il aurait bien l’air d’un con s’il le faisait, toute construction non-mentale (ahah) (et encore) suppose une destruction—même Lavoisier nous le disait), mais un monde où une révolution n’aboutit à rien, fait mouche avant de se faire écraser par manque de cohésion ou que sais-je encore, où une révolution n’a plus que son sens de rotation ; la révolution devient alors la fin d’un tour et le début du prochain, qui est selon toute vraisemblance le même. Re-création d’une histoire, Pynchon ouvre une grande porte vers un autre part. Peut-être est-il dommage que des idées pour réellement concrétiser cet autre part ne soient pas au rendez-vous. Peut-être…

Quand un jeune homme en forme, à un devoir qui s’intitule « What it means to be an american » répond en tout et pour tout « It means do what they tell you and take what they give you and don’t go on strike or their soldiers will shoot you down » et se récupère un A+, la pique est facile, le reste est là (c'est une sale conclusion, mais c'est ainsi).

27.4.07

Contre le jour, huit fois cent pages plus tard. Point deux sur deux.

Pendant qu’autour de Cyprian l'Against the day tourne non en rond mais en spirale, stagnant peut-être un peu, ainsi le prochain gros relief fera encore plus de hauteur à parcourir, la cartographie narrative avec son air chaotique trimballe de pic en pic, de cime en crevasse, de concave en faîte, de hauteur en pic-vert bleu ou mauve, de protubérance, tumeur en mamelle à la bière. Les souvenirs refluent et s’accumulent pendant qu’ils errent en un désert. Une sorte de désert, aridifié par les personnages, qui au sein d’un paysage plus ou moins présent, tirent la couverture à eux, focalisant, faisant oublier le décor. Peut-être pour ça que Thomas Pynchon fait évoluer les habitants de son monde dans beaucoup de paysages parfois secs et austères (Colorado, Sibérie, etc.), il est plus facile de s’oublier en leur milieu, que ce soit pour eux ou pour le lecteur.



Il est si facile d’assimiler Pynchon a ses propres théories (éventualités plutôt) quand une des explications à propos de Tunguska lance, tapote que ce pourrait après tout être une conséquence du bordel ambiant, qu’il soit présent ou surtout futur, venu de l’après et concentré en un seul point inconnu, explosé avant son contact avec le sol (à Tunguska, il n’y a pas de cratère, seulement des arbres allongés sur des kilomètres et des kilomètres comme une foule concentrique de poivrots assommés, puis une nuit qui devient jour, une nuit ardente où l’on pouvait lire ATD pendant ce qui est de coutume l’obscurité, les nuits blanches de Dostoïevski devenant jaunes oranges, une nuit qui quand elle revient réellement parce que tout a une fin redevient cette opposition au jour, cette préparation à affronter le reste qu’on trouve dans le sommeil, l’ivresse ou les ténèbres (bouh !), redevient le négatif du jour dans lequel tous les chats sont gris, redevient majeure face au jour illuminé, usine à loup-garou et à gamin, à tours de magie et tumescences, bibelots et) formant un papillon ou un ange, si facile et idiot de penser que—il ne s’agit même plus d’estimer qu’avec un retour dans le passé on pourra voir et prévenir, il s’agit simplement de s’apercevoir qu’il faut ralentir la fatalité, contrer l’inéluctable au point qu’il ne le soit plus vraiment, inéluctable. Le temps est présenté comme cyclique, du moins une sorte d’anneau de Möbius, se retournant, économique, revenant sur lui-même avec ou sans les hommes, l’usure et l’érosion sont forcées, pour les baiser il faudrait progresser, sciencer comme des fous, et c’est là que tout blesse ; les plus hauts savants ne peuvent rien et tâtonnent en espérant que leurs descendants parviendront à assommer le passé pour créer un présent convenable. Sauf que. Sauf que. Les anarchistes qui plombent le cul de l’histoire présent dans ATD n’ont d’ailleurs ri—comment dire ? rien à gagner finalement, le rôle du Kieselguhr Kid se transmet comme la royauté et finit par s’oublier, les bombeurs bombent ce qu’ils peuvent, échouent un peu, réussissent un peu, le ratio en leur défaveur, séparés seulement du reste du monde par quelques explosions.

La concrétisation principale du progrès dans ATD, loin d’être en rapport avec les quaternions, la dynamite et le cafouillis temporel qui est derrière, en fond, en relief peu prononcé, est l’avancée des chemins de fers, qui traversent tout, rapidement, s’échappant d’un point pour former une toile arachnéenne dans le fond mais d’une forme éclatée, qui n’est encore pas constituée d’une quatrième dimension (déjà que la troisième est douteuse). Ressenti par je ne sais plus qui comme une sorte d’organisme vivant, évoluant presque de lui-même, la voie ferrée est l’exemple parfait de technologie ou progrès visible, reliant et empiétant, que l’on peut (en enlevant les films de cul et quelques autres choses) même comparer à l’internet pour son aspect de découverte et d’étendue, de communication. Donc, le train. Donc, des poseurs de rails. Internationaux. Et des tunnels sous les montagnes. Puis des tatzelwurms, méchantes bestioles caverneuses, qui agressent les poseurs. Tout ça pendant que des chiens parlent, de la mayonnaise tue ou presque, que des frères Vibe et Traverse se retrouvent partout sur le globe, se retrouvent en des lieux qu’on oublie presque derrière les personnages. Göttingen ou Venise finissent eux aussi par s’embarquer loin, partir peu à peu. Pendant qu’on joue du Chopin à l’ukulélé et que des poèmes modifiés (« Roses is red — Shit is brown — Nothing but assholes — Live in this town ») au milieu des traditionnelles chansons qui parsèment le bouquin.

Les Chums of Chance sont de plus en plus brefs, de moins en moins et de plus en plus C. of C., alors que les personnages qu’ils avaient croisés comme ça prennent la vedette, les laissant dans un temps qui n’existe plus et leur conférant une empreinte plus ou moins ténue (et puis, comme un Homer et un Bart, Lindsay Noseworth lance à Darby Suckling peu après la page 400 un « Why, you little— » avant de l’étrangler en comité non restreint. Ce genre de chose ancre les traces) et pourtant qui lie encore un peu tout, ne cimente pas vraiment ni n’agglomère ou glutine, mais renvoie plus ou moins tout le reste à un centre commun.

Peuh, pendant qu’ils passent la science s’accumule, Pynchon érudit lançant quaternion sur vecteur, Riemann sur Gauss en riant, la science pointant son nez dans l’absurde comme l’inverse est vrai aussi, dans une gerbe de théories dont l’on doit dépêtrer le fumeux de l’acceptable, renvoyer le fumeux dans le futur pour voir, chercher le vrai dans ce que finalement je ne comprends plus, dans les hypercomplexes et la théorie, voir si quelque part la pratique a foiré ou a oublié, ou peut-être s’est fait bifurquer la gueule par l’économie ou quelque autre chose d’importance grandissante. Après tout, le roman commence bien avec quelques magnats cherchant à casser du Tesla qui pourrait tuer l’économie en transcendant le progrès… Embryons théorifiques avortés, praticiens corrompus, cacophonie du nouveau monde oublié par le berceau et la nurserie de la science qu’ici est Göttingen. Voir les idées que les personnages embrassent et font lutter devient jouissif, et l’absurde d’un flirt mathématique joint à lui d’autres aspects joueurs et sérieux, Pynchon jonglant avec des boules de densités divergentes. Tout ça autour de quaternions (des pérégrinations sur google n’arrangent pas un fait : je suis loin d’être un mathématicien) et de dimensions abstraites, de disparitions et d’apparitions, de magiciens fertiles et de contorsions saucières. Tous les personnages finissent par changer, du Docteur Ganesh Rao qui s’exclut du visible pour revenir tout autrement ou comme Renfrew et Werfner, schizophrènes unique (ceci n’étant pas une faute d’orthographe). Les dimensions se conjuguent au sein du roman (qui fait plus que fixer une histoire, voire plusieurs, comme un roman estampillé normal) et s’affaissent, comme si elles se magnifiaient en se rencontrant, Pynchon sautant d’un réel à un autre, faisant une rotation de 90° dans le temps, incompréhensible pour le commun des abêtis des maths, mais c’est comme ça, faisant plusieurs rotations, l’inverse d’une première ne redevenant pas pour autant même qu’avant. Le sérieux stagne un peu, la folie arrive, percute et embarque une partie, Reef fait un gamin là-bas, tourne, recommence comme à la roulette.

Les C. of C. donc, face au futur, un moment hésitant même sur leur propre réalité, sur leur acceptation du présent, à se demander s’ils vivent ou si une rotation dans une dimension inconnue les a renvoyé à des copies d’eux-mêmes, au milieu du Marching Academy Harmonica Band (soit le M.A.H.B. qui au fil des phrases deviendra le H.B.M.A., le M.H.B.A. ou le H.M.B.A.) au point qu’on ne sait plus vraiment si leur histoire est l’histoire, l’Histoire ou l’histoire dans l’histoire, ou plutôt comment tout ça est connecté. Décapant leur rôle intemporel, bloqué de joyeux drilles pour devenir présents, même pour devenir les deux à la fois (des bilocations, titre de la troisième partie du roman, la fourche ayant une base inconnue, mais deux résultats simultanés, identiques et différents), figés et évoluant. On vogue de l’un à l’autre, à d’autres aussi, les histoires les plus sérieuses sont assassinées par des retours d’absurde, des hyperdeus ex machina, l’essence même quoi, l’absurde se suicide et l’on voit ce qui reste.

Les C. of C. au-dessus du monde mais forcés d’y retourner, comme n’importe qui, assommés. Le présent vient faire ses incursion, même à Tunguska le fait-il, le futur peut-être même, quand en page 797 Tchernobyl, symbole total d’une dérive, d’un manque de contrôle voire même d’intérêt sur ce qu’on fait, s’inscrit comme peut-être lié. Reste que, finalement, cette explosion géante a révélé, comme une photographie, Shambhala l’inconnue…
Les C. of C. aveugles, incapables d’être en marche contre ce qui l’est déjà, tout juste bon à rentrer dans un autre chemin, l’autre moitié d’une fourche (d’un V) ou d’une ligne parallèle, sautant de l’un à l’autre, obligés, parce qu’un je-vous-l’avais-bien-dit ne sert pas forcément à grand-chose s’il ne s’accompagne pas au moins de clés.

26.4.07

Contre le jour, huit fois cent pages plus tard. Point hun sur deux.

« Hell, Anarchists ain’t the only ones with ideas about the future. » nous lance en page 285 Ellmore Disco. De quoi rigoler — un peu —, en dépit de l’évidence du propos, de l’inexistence ou au mieux la fondue de l’anarchisme dans la soupe (ça bubulle). Peut-être pas (ou moins seulement) en 1900. Quoi qu’il en quoi qu’il en soit, mon marque-page a l’air de moins en moins ridicule d’un point de vue de tranche, on doit pouvoir trouver un peu d’encre sur deux ou trois pages, mes notes qui n’en sont pas ne servent finalement à rien, et Thomas Pynchon est rigolo.

Je peux donc estimer m’approcher après quelque(s) 800 pages : le sujet principal d’Against the day est le Temps, qui coule avec sa majuscule — non, le Temps en tant que sujet est bien trop vague, ici Pynchon traite plutôt au milieu des aspects du temps de ce que la civilisation lui est en rapport, d’un côté le progrès, l’évolution, de l’autre l’histoire, en marche. Bien évidemment leurs dérives potentielles, latentes, et celles déjà rencontrées, les faisant parfois se croiser dans un flot hors du temps (quelques unes des explications autour de l’événement de Tunguska notamment). Il n’est pas question de jeter au feu palpitant toute idée de progrès, mais plutôt d’être lucide sur ce que tout cela implique a impliqué impliquera, même si les trois sont un seul, et que tout le monde sait plus ou moins, en ne diluant pas ça dans une histoire, un roman, mais en amenant l’histoire, le roman à un niveau qui ne demande pas spécialement de dilution. Pynchon érode le temps, le difracte, l’use pour exposer le réel, le mettre à nu dans ce qu’on n’y voit pas, le fait cohabiter avec son futur inconnu pour comment dire pour luminer les diverses dimensions, les réunissant en une polyphonie explosive.


Un peu plus haut j’ai lancé en trois mots que dans le désordre drôle est Pynchon. Ça se remarque par tout et n’importe quoi et jusque dans ce qu’il fait de l’époque qu’il conte (en gros de 1893 à 1907 plus ou moins) ; les personnages de dime novels, les lecteurs de dime novels, une certaine fascination de quelques personnages pour le cul à peu près au moment où Sigmund Freud barbotait dans et publiait ses Essais sur la théorie sexuelle (sans d’ailleurs que Freud soit évoqué dans ATD), avec une apogée qui se trouvera dans une relation avortée très douteuse et ridiculement drôle—« Reader, she bit him », à la page 666 bien évidemment (coincoïncidence)—entre un chien diablement tentant et un mec un peu perdu. Aussi dans tout l’aspect d’estudiantins matheux en diable, étudiant Riemann et ses zéros, flirtant à base de maths, toujours obsédés par l’évolution d’une science qui les dépasse et tentant de rattraper leur retard plus que d’avancer encore, des sortes de gens en retard sur ceux en avances, qu’on qualifie quand même d’en avance si l’on oublie les échappés sur le col de l’avancée, sans trop savoir qui du pénultième du peloton ou du spectateur arrivé au hasard est le plus crétin.

Que l’on se perde dans la foule de personnages croisant, restant est presque normal. Leurs noms sont pourtant là, là pour nous rappeler qu’on ne suit rien de réel ; Oleander Prudge, Pléiade Lafrisée ou Stilton Gaspereaux ne sont pas réels. Et pourtant de cette abondance de noms peuvent ressortir des choses ; d’un côté ces noms originaux faute de meilleur qualificatif deviennent la norme car seuls représentés, une norme qui passe devant celle admise, conférant une nouvelle note à la partition drôle et imposante d’ATD ; d’un autre, ces noms prime abordés comme idiots et irréels pourraient peut-être après tout exister, loin des milliers de John Smith ou Martin Dupuis, exister et être combinément (on ne trouvera toujours qu’une Jacintha Drulov et un unique Clive Crouchmas) bien, bien plus nombreux, devenant les nouveaux mesdames mesdemoiselles messieurs tout-le-monde, les fameux, augmentant cet aspect de folie devenant la norme. On peut même considérer à partir de là que n’importe lequel de ces noms renferment en lui une dualité entre ce qu’il est et ce qu’il aurait été chez quelqu’un d’autre, une dualité qui se combine parfois à celle qui veut que le personnage corresponde plus ou moins à son nom voire l'inverse (le nom Traverse (Vibe aussi), le plus présent du bouquin, semble assez porteur de sens), ou qu’au contraire son nom ne soit qu’une partie mineure du personnage (en prenant les cinq membres du vaisseau Inconvenience on trouve quand même Randolph St Cosmo qui a un nom de magazine féminin, Chick Counterfly qui… eh bien qui s’appelle Chick, Lindsay Noseworth qui a un prénom principalement porté par des femmes (je fais ce que je peux (et puis Nose Worth... come on), Darby Suckling dont le nom me fait immanquablement penser à l’Ugly Ducling—le vilain petit canard…—reste Miles Blundell, qui eh bien pour lui je ne sais pas, il est peut-être brun en fait, et pourtant ces cinq guignols ont des noms prédisposés à être dans des dime novels au sein de—bref). Que ces noms soient (auto-)parodiques et drôles est un bonus non-négligeable… Ruperta Chirpington-Groin est là pour se poser, pour indiquer que tout est faux et pourtant tout est vrai. Quand Merle Rideout nous balance un « Maybe what you’re looking for isn’t really what you’re looking for. Maybe it’s something else. […] Fact, there’s a whole catalogue of things you’re not looking for. », il ne fait qu’énoncer un fait, un fait qui fait qu’ATD lui aussi est une mine à creuser, une femme à déshabiller, une surface à gratter et qui pourtant est déjà entamée, et que ça s’applique à tout et n’importe quoi.


« Mysterious and multifold is the Way of the Potato. » Tout est là, des religions débiles combinées à des théories scientifiques venues du futur ou du passé, on ne sait plus trop. C’est d’ailleurs pour ça que des domaines comme la photographie où la magie sont représentés en bonne place dans un roman (les deux étant principalement axés autour de Dally Rideout, qui elle-même devient une actrice, soit une menteuse professionnelle, tout est convergent) où tout est là et où le monde se voit autrement ; la photo révèle, la magie concentre l’attention à un endroit voulu pendant qu’on se prend une tarte, comme les méchants dirigeants du monde. Et dire que Sylvain Mirouf a fait tendre des milliers d’autres joues…

18.4.07

Fourrure.

Le tiers (3) du « Tunnel » viendra après recul, peut-être jamais.
Dommage, y’en a des choses à dire.

Citons donc les deux fois où le mot otarie se trouve (au pluriel) dans le texte...

« … la graisse dans laquelle j’ai glissé est aussi glissante qu’un toboggan à otaries. »
page 64.
« … ; aussi j’insiste pour qu’ils s’unissent, sortent de leur solitude comme des otaries de la mer ; … »
page 267.

N’en restons pas là ! En à peine 250 pages d’Against the day, j’ai trouvé deux fois le mot walrus. On m’arguera que walrus, c’est plutôt phoque qu’otarie, mais allez donc au diable.
« … the braised blubber with cloudberries, skua eggs any style, walrus chops, and snow parfaits, not to mention the widely praised Meat Olaf, which was This Week’s—in fact Every Week’s—Special … »
page 135.
« Sometimes there were real-life explanations—some polar bear or walrus scented from miles away. »