Come shadow, come, and take this shadow up,
Come shadow shadow, come and take this up,
Come shadow, come, and take this shadow up,
Come, come shadow, and take thos shadow up,
Come, come and shadow, take this shadow up,
Come, up, come shadow and take this shadow,
And up, come, take shadow, come this shadow,
And up, come, come shadow, take this shadow,
And come shadow, come up, take this shadow,
Come up, come shadow this, and take shadow,
Up, shadow this, come and take shadow, come
Shadow this, take and come up shadow, come
Take and come, shadow, come up, shadow this,
Up, come and take shadow, come this shadow,
Come up, take shadow, and come this shadow,
Come and take shadow, come up this shadow,
Shadow, shadow come, come and take this up,
Come, shadow, take, and come this shadow, up,
Come shadow, come, and take this shadow up,
Come, shadow, come, and take this shadow up.
Louis Zukofsky, Julia's wild (in Bottom: on Shakespeare)
(le bleu n'est pas d'origine)
18.9.07
17.9.07
ELUCIDE EUCLIDE
Quelques mots en fin d’un chapitre—qui soit dit en passant se trouve immédiatement avant et annonce ce qui est peut-être le chapitre le plus drôle de tout ce qu’a pu écrire Thomas Pynchon—et la fête débarque. Mason & Dixon, page 370 ; « …as meanwhile M. Allègre proceeds, before a room-ful of what, to his mind, must seem unfeeling barbarians, to recite his Iliad of Inconvenience. »Commence donc au chapitre suivant l’Iliade d’Armand Allègre, cuisinier français. Basée sur des canards automates. Le lecteur moyen revenu en arrière et déjà frappé par quelques itérations remarquera une fois de plus le rétroclindœil Inconvenience, ainsi que l’assonance en I (et même l’utilisation du mot barbare, qui fait très grec), mais on s’en fiche. Ce qui compte ici, c’est l’Iliade. Le mot—encore qu’au pluriel—a déjà surgi en page 242 et revient en page 443, en page 591, peut-être ailleurs, je ne sais. Le mot Odyssée est lui page 690. Ce qui compte, c’est que Mason & Dixon est entre autres un texte présentant deux hommes (on ne poussera pas le bouchon en rappelant que les deux messieurs en question ont découvert Uranus…). En allant voir à l’arrière de son exemplaire, avec un peu de chance, on tombera sur un morceau de review de John Leonard qui nous dit que c’est un texte sur l’amitié masculine, donnant en exemples conjoints Ulysses ou Huckleberry Finn. L’idée pourrait bien évidemment surgir de l’Ulysses joycien, mais non. Par contre, Mason & Dixon, ainsi qu’Ulysse maintenant, peuvent nous renvoyer à Mercier et Camier (autre renvoi à Joyce) mais ici surtout à Bouvard et Pécuchet. Et là, magie. En 1947 (ce qui n’a donc plus grand’chose à voir avec Flaubert), Raymond Queneau a écrit une préface à Bouson et Pécuxon. Préface dans laquelle il estime que toute grande œuvre est soit une Iliade, soit une Odyssée (toute œuvre occidentale en fait, mais l’un dans l’autre, ça doit aussi se tenir pour le reste).
[je ne l’ai sous la main, mais cette préface est disponible dans Bâtons, Chiffres et Lettres (et des extraits dans le folio classique de Bouvard et Pécuchet). Pour accompagner et même un peu plus, je peux sortir cette interview en anglais ('pas mieux) reprenant et élargissant ce principe]
L’homme au milieu de l’Histoire, dans l’Histoire, en conflit avec elle, serait l’Iliade, tandis que l’Odyssée se concentrerait plus sur l’homme et son expérience, comme détaché d’un contexte social ou historique, faisant pourquoi pas de sa vie un événement. Deux façons de voir les choses.
Le point de rupture, l’ouverture d’une brèche se trouveraient justement avec Ulysse, très au courant de son ascendance grecque et bougeant tout ça, en restant une Odyssée, plus proche même du sens ici conféré à l’Odyssée que l’Odyssée elle-même. Depuis ça, finalement, statistiquement tout est toujours pareil, mais tout a changé. Les odyliades existent aussi bien que des choses que ne sont ni l’une ni l’autre—revenons à Armand Allègre.
On peut bien considérer que son aventure est une Iliade (remarquez le non-dit qui a déjà mis en route le fait que cette petite histoire était une grande œuvre…). L’ensemble de Mason & Dixon, en dépit de l’aspect historique du texte, peut-être admis comme une Odyssée. Odyssée générale compensée par les extraits au fil du texte de la Pennsylvaniade de Timothy Tox. Avec des définitions aussi larges (du genre qu’on appelle définition parce qu’il faut bien un mot), on se passera de préciser que Mason & Dixon s’éloigne d’une Odyssée à bien des moments. On pourra aussi préciser que, comme l’Odyssée (enfin bon…), comme Ulysse, M&D comporte trois parties. Je précise également que je n’ai lu l’Odyssée qu’une fois, et que…comment dire… en gros ça m’a emmerdé. Pour un comparatif de certaines choses dont je préfère me dire qu’il aurait au moins un petit intérêt, c’est raté. Il faudra se contenter de quelques notes pas très éparses.
Cette exploration du nouveau pays, encore plein d’espoir et avec un Pynchon finalement assez optimiste, nostalgique et ayant quelque pitié mais optimiste (du genre d’espoir qu’après mûre réflexion on a décidé (et ce même si c’est peut-être à cause d’une traduction grecque approximative (sic)) que, même s’il est le pire des maux, c’est le seul qui avance à quelque chose) (un optimisme qui se voit notamment sur la toute fin du roman, pourtant relativement triste) devient une écriture de l’histoire passant par la bouche du Révérend Cherrycoke, sorte de père Castor, et par quelques autres bouches avant ; de même qu’Homère a conté des histoires déjà en place, de même Wicks Cherrycoke nous lance à la figure son odyssée qu’il a vécue en partie. Et de même, entre l’Histoire et ce qui s’est vraiment passé existe un fossé qu’on ne pourra pas combler, fossé ici accentué par le langage utilisé par Pynchon, par les personnages eux-mêmes, parfois se dédouanant de leur propre parole, n’ayant rien du tout, n’est-ce pas… ? Par la force des choses, l’histoire de Mason et Dixon est biaisée par le téléphone arabe, par le fait même qu’il y ait eu des observateurs et des gens pour la raconter, comme l’est l’Histoire en général. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y ait une exploration d’un certain type de contre-histoire, d’absence d’officiel qui, en se bougeant le cul vers une reconnaissance publique, devient ce qu’elle n’a jamais été, lot de tout événement mis en lumière (ça aussi c’est de l’entropie ; plus le nombre de gens connaissant une chose augmente, plus l’information de chacun à son sujet est diffuse, bon ça c’était pour le clin d’œil idiot au thème entropique, c’est fait). Pour continuer sur la même thématique sans approfondir, le métier et les habitudes subséquentes des deux Astronomes sont une autre marque du même principe ; leur devoir s’accomplit la nuit, lieu des fantômes qu’on croisera aussi, des fêtards qu’on rencontrera des fois, des sorciers, du Feng Shui, des chouettes, des vers luisants, des vendeurs de préservatifs, des loup-garou et des étoiles. Admettre une histoire nocturne comme autre histoire ou simplement comme illustration d’une histoire non-objective assumée paraît simple mais efficace. It’s always night, or we wouldn’t need light, en épigraphe d’Against the Day. Ici la nuit est toujours présente, le passé y revient même un peu, et ici la lumière qui vient arrive des étoiles, de l’autre parfois, de l’illumination (scientiste) ou d’une torpille (Felipe !), qui devient un nouveau pôle dans sa baignoire. On avait signalé l’abondance des formes en « as if … » dans Against the Day (qui est, soit dit en passant, une Iliade bien plus qu’une Odyssée), et le fait est que Mason and Dixon en compte un nombre assez fabuleux lui aussi, créant une alternativité du passé et du roman lui-même, une réalité qui grouille d'alternances. Les deux reviennent dans le passé, l’évoquent dans des détails qui n’ont peut-être jamais existé, qui même en n’ayant jamais existé, sont plus réels que ce qu’on en a retenu. Le conte devenant Histoire, donc réalité. Pour reprendre des termes appropriés, il y a bilocation de la réalité qui fuit toujours un peu, aussi bien que l’Amérique (du Nord) a été une bilocation de l’Europe, un doppelgänger qui a pris sa revanche. La gémellité bien présente, entre le couple Mason Dixon, la traversée vers l’ouest, la réalité et l’autre, les jumeaux, le double fond du tiroir historique (qui en guise de double fond serait plutôt triple ou à n-fonds en escaliers), dans la science déjà incapable d’être utilisée comme on le voudrait, etc.
Je préfère me dire que si j’avais pris quelques notes pendant la lecture—au lieu de noter une fois Iliade, et de—bref, ç’aurait pu être plus intéressant. On verra pour la prochaine fois.
les trucs en rapport :
Homère,
Mason and Dixon,
Pynchon,
Queneau
15.9.07
Canard !
[...] Agreed, you must consider how best to defend yourself,– wear clothing it cannot bite through, leather, or what’s even more secure, chain-mail,– its Beak being of the finest Swedish Steel, did I mention that, yes quite able, when the Duck, in its homicidal Frenzy, is flying at high speed, to penetrate all known Fortification, solid walls being as paper to this Juggernaut… One may cower within, but one cannot avoid,– le Bec de la Mort, the…'Beak of Death.’
[...]
Mason and Dixon, page 374 (chapitre 37; funniest chapter ever).
Demain, ou après-demain, une vue d'ensemble du bouquin.
Un jour, peut-être bien, un message sur l'amour de Pynchon pour les oiseaux (comptez le nombre de M. ou Mme. Wren, de Wren quelquechose dans ses romans, avec le nombre d'apparitions d'oiseaux, vous devriez arriver à un bon paquet). Ou peut-être pas.
[...]
Mason and Dixon, page 374 (chapitre 37; funniest chapter ever).
Demain, ou après-demain, une vue d'ensemble du bouquin.
Un jour, peut-être bien, un message sur l'amour de Pynchon pour les oiseaux (comptez le nombre de M. ou Mme. Wren, de Wren quelquechose dans ses romans, avec le nombre d'apparitions d'oiseaux, vous devriez arriver à un bon paquet). Ou peut-être pas.
les trucs en rapport :
Mason and Dixon
10.9.07
Hier
Hier, je me suis aperçu que chez amazon, on vendait des exemplaires de The Cannibal, de John Hawkes, qui font une page. Peut-être la page centrale du livre de sable ;
hier, j’ai lu ce message de pedro et les commentaires qui allaient avec. J’étais d’accord. Je voulais poster un commentaire, ne serait-ce que pour souhaiter joyeux anniversaire, mais ne l’ai pas fait. Je me suis dit que Michael Chabon avait l’air plus intéressant que ce que j’en pensais sans l’avoir jamais lu. Me suis dit que j’avais souvent pensé Against the Day comme une sorte de texte d’adieu, mais jamais comme un testament. Si c’est le cas, le legs est fabuleux. Si ça ne l’est pas, le legs est fabuleux. Je me suis aussi demandé un peu étrangement si après sa mort des romans et essais trouvés dans son tiroir à chaussettes allaient sortir. Me suis aussi demandé pourquoi les tasses de genre que fausto évoque en commentaire seraient obligées de se briser : le genre me semble être assez malléable pour que les tasses puissent être aussi molles que les montres de Dalí, se fondant à moitié plutôt que se brisant. Si elles ne sont pas malléables, l’écrivain, la surface sur laquelle on lâche ou lance les tasses, peut absorber le choc. Rebond sans bris. Je me suis aperçu après ça que je faisais peut-être semblant de ne pas comprendre ce qu’il disait, et que les fondues de genres devenaient des patchworks si denses qu’une observation transversale donne tout ce qu’il y avait avant le collage, le résultat du collage et quelques morceaux qui ont été percutés trop loin et sont revenus, à doses variantes, principalement poussiéreuses ;
hier, j’ai écrit un roman. Il fait une ligne et demie. Je l’ai intitulé hubris. Peut-être est-il fini ;
hier, avant d’avoir lu le message cité plus haut, je me demandais encore si le monde de Barsoom peuplé d’hommes rouges, verts, blancs, jaunes et noirs d’Edgar Rice Burroughs était plus qu’un simple mélange entre science-fiction et récit d’aventures. Son monde post-scientifique et très Antique à la fois, pourquoi pas visionnaire, jamais vraiment vu en détails, ERB se concentrant plus sur les personnages et l’action est-il bien plus intéressant qu’il ne le paraît de prime abord, projection d’un avenir craint et d’un pan de passé héroïque qui se sont confondus, enfilade de questionnements posés en arrière-plan (dans The Master Mind of Mars (Le Conspirateur de Mars) ou Synthetic Men of Mars (Les hommes synthétiques de Mars) pour exemples les plus criants, il semble y avoir bien plus de questionnements que ceux directement évoqués dans leurs pages) pour ne pas parasiter une intrigue simple ou par incapacité à en faire quelque chose de réellement intéressant (on voit qu’il le fait assez laborieusement mais avec passion dans deux des trois romans de son Cycle de la Lune, avec The Moon Men (Les conquérants de la Lune) et The Red Hawk (Les héritiers de la Lune)) ou cherche-je à donner du relief à ce qui a été une des principales lectures de ma jeunesse ?;
hier, Asafa Powell a battu son record du monde du cent mètres, je me demande combien de mots peut écrire Richard Powers en ces 9’74".
hier, j’ai lu ce message de pedro et les commentaires qui allaient avec. J’étais d’accord. Je voulais poster un commentaire, ne serait-ce que pour souhaiter joyeux anniversaire, mais ne l’ai pas fait. Je me suis dit que Michael Chabon avait l’air plus intéressant que ce que j’en pensais sans l’avoir jamais lu. Me suis dit que j’avais souvent pensé Against the Day comme une sorte de texte d’adieu, mais jamais comme un testament. Si c’est le cas, le legs est fabuleux. Si ça ne l’est pas, le legs est fabuleux. Je me suis aussi demandé un peu étrangement si après sa mort des romans et essais trouvés dans son tiroir à chaussettes allaient sortir. Me suis aussi demandé pourquoi les tasses de genre que fausto évoque en commentaire seraient obligées de se briser : le genre me semble être assez malléable pour que les tasses puissent être aussi molles que les montres de Dalí, se fondant à moitié plutôt que se brisant. Si elles ne sont pas malléables, l’écrivain, la surface sur laquelle on lâche ou lance les tasses, peut absorber le choc. Rebond sans bris. Je me suis aperçu après ça que je faisais peut-être semblant de ne pas comprendre ce qu’il disait, et que les fondues de genres devenaient des patchworks si denses qu’une observation transversale donne tout ce qu’il y avait avant le collage, le résultat du collage et quelques morceaux qui ont été percutés trop loin et sont revenus, à doses variantes, principalement poussiéreuses ;
hier, j’ai écrit un roman. Il fait une ligne et demie. Je l’ai intitulé hubris. Peut-être est-il fini ;
hier, avant d’avoir lu le message cité plus haut, je me demandais encore si le monde de Barsoom peuplé d’hommes rouges, verts, blancs, jaunes et noirs d’Edgar Rice Burroughs était plus qu’un simple mélange entre science-fiction et récit d’aventures. Son monde post-scientifique et très Antique à la fois, pourquoi pas visionnaire, jamais vraiment vu en détails, ERB se concentrant plus sur les personnages et l’action est-il bien plus intéressant qu’il ne le paraît de prime abord, projection d’un avenir craint et d’un pan de passé héroïque qui se sont confondus, enfilade de questionnements posés en arrière-plan (dans The Master Mind of Mars (Le Conspirateur de Mars) ou Synthetic Men of Mars (Les hommes synthétiques de Mars) pour exemples les plus criants, il semble y avoir bien plus de questionnements que ceux directement évoqués dans leurs pages) pour ne pas parasiter une intrigue simple ou par incapacité à en faire quelque chose de réellement intéressant (on voit qu’il le fait assez laborieusement mais avec passion dans deux des trois romans de son Cycle de la Lune, avec The Moon Men (Les conquérants de la Lune) et The Red Hawk (Les héritiers de la Lune)) ou cherche-je à donner du relief à ce qui a été une des principales lectures de ma jeunesse ?;
hier, Asafa Powell a battu son record du monde du cent mètres, je me demande combien de mots peut écrire Richard Powers en ces 9’74".
8.9.07
and start west.
Pour passer le temps.
Un petit passage (page 271) de Mason & Dixon, qui m'a fortement fait penser à un bouquin récemment traduit...
[...] 'Tis a sort of,– what is the Word I grope for,–"
"Gin-Shop," sings Molly.
"Opium den," cries Dolly.
"Ladies, Ladies…."
"Doctor, Doctor!" As the philosopher, attempting to maintain his Hair in some order, [...]
(le titre du message parce qu'on trouve une fin de phrase page 154 en "and start north.", qui m'a fait penser au "and start west." du Naked Lunch) Bonne nuit.
Un petit passage (page 271) de Mason & Dixon, qui m'a fortement fait penser à un bouquin récemment traduit...
[...] 'Tis a sort of,– what is the Word I grope for,–"
"Gin-Shop," sings Molly.
"Opium den," cries Dolly.
"Ladies, Ladies…."
"Doctor, Doctor!" As the philosopher, attempting to maintain his Hair in some order, [...]
(le titre du message parce qu'on trouve une fin de phrase page 154 en "and start north.", qui m'a fait penser au "and start west." du Naked Lunch) Bonne nuit.
les trucs en rapport :
Pynchon,
William S Burroughs
5.9.07
Cinquante ans pan dans les dents.
Il y a cinquante ans (demi siècle, cinq décennies, dix lustres, cinq decades et beaucoup plus de décades—environ 1826 je crois) sortait quelque chose qui était bien loin de ce genre de précisions. Pas d’ailleurs une première publication, mais ce qui est devenu un roman majeur, espèce de porte-drapeau d’une génération déjà déclinante alors même qu’on la nommait publiquement, envoyant à travers le pays moribond un paquet non négligeable de gugusses dont quelques uns iront emmerder son auteur et sa mère, frappant à leur porte, cherchant ce qu'il ne trouveront probablement pas. On the Road, deuxième roman de Jack Kerouac, montrait, le cinq septembre 1957, après quelques six années à tenter de le refiler aux éditeurs à coups de modifications et de découpes, Kerouac montrait donc à l’Amérique son envie de liberté, d’espaces, de vin, de sexe et d’attaches ne se trouvant pas là où tout le monde a l’air de les trouver. Sur un ton qui, malgré les corrections et réécritures pour enfin être publié, reste ce qu’il prétendait être : spontané. Une sorte d’oralité déferlante, jazz et limpide, parfois si rapide que ses phrases se percutent, se couplant.
Sal Paradise en guise de Kerouac, Dean Moriarty en guise de Neal Cassady. Sur la route eux deux et d’autres, New York, San Francisco, Mexique à la fin des 40s.
Sans tenir rigueur au décalage horaire ou à quelque autre contrainte voulant qu'il y a exactement cinquante ans à la minute près le roman n'était pas encore dans les bacs à légumes de l'Amérique, ce cinq septembre deux mille sept sonne le 50ème anniversaire d'On the road. On sort les langues de belle-maman, et on ânonne, annonce que de gentils éditeurs y ont aussi pensé, profitent de l'occasion pour sortir des trucs qui autrement seraient sortis il y a deux mois ou dans vingt et un jours (ou jamais). Et d'ailleurs, il y a des trucs estampillés On the road 50th anniversary sortis mi-août (ça et ça (entre autres peut-être)).
Premièrement; On the road, the original scroll. Soit le texte original, tout tapé sur quelques immenses feuilles scotchées en avril 1951. Normalement un peu plus long, avec plus de cul. Et les vrais noms des gens il paraît. Chouette.
Deuxièmement; un volume intitulé Road Novels 1957-1960 qui sort à la Library of America, ce qui est quand même un peu classe. Volume qui contient On the road (sur la route), The Dharma Bums (les clochards célestes), The Subterraneans (les souterrains), Tristessa, Lonesome Traveler (le vagabond solitaire), ainsi qu'une sélection de trucs issus de son journal.
Sal Paradise en guise de Kerouac, Dean Moriarty en guise de Neal Cassady. Sur la route eux deux et d’autres, New York, San Francisco, Mexique à la fin des 40s.
Sans tenir rigueur au décalage horaire ou à quelque autre contrainte voulant qu'il y a exactement cinquante ans à la minute près le roman n'était pas encore dans les bacs à légumes de l'Amérique, ce cinq septembre deux mille sept sonne le 50ème anniversaire d'On the road. On sort les langues de belle-maman, et on ânonne, annonce que de gentils éditeurs y ont aussi pensé, profitent de l'occasion pour sortir des trucs qui autrement seraient sortis il y a deux mois ou dans vingt et un jours (ou jamais). Et d'ailleurs, il y a des trucs estampillés On the road 50th anniversary sortis mi-août (ça et ça (entre autres peut-être)).
Premièrement; On the road, the original scroll. Soit le texte original, tout tapé sur quelques immenses feuilles scotchées en avril 1951. Normalement un peu plus long, avec plus de cul. Et les vrais noms des gens il paraît. Chouette.
Deuxièmement; un volume intitulé Road Novels 1957-1960 qui sort à la Library of America, ce qui est quand même un peu classe. Volume qui contient On the road (sur la route), The Dharma Bums (les clochards célestes), The Subterraneans (les souterrains), Tristessa, Lonesome Traveler (le vagabond solitaire), ainsi qu'une sélection de trucs issus de son journal.
Le 5 septembre, c'est vraiment super coule. Et un beau post sur Kerouac dans pas très longtemps avec un peu de chance.
les trucs en rapport :
Kerouac,
On the road
patin (pipe a this is not)
Le plus étrange est son efficacité—sa rapide efficacité.Il y a quelques jours est sorti traduit Arrêter d’écrire, de David Markson, qui se veut un roman (le titre original étant This is not a novel, Ceci n'est pas un roman, renvoyant évidemment à Magritte ou à Aristote si l’on veut) sans personnages, sans action, sans descriptions, mais incitant le lecteur à tourner néanmoins les pages. (p.13).Viennent trop vite pour que vite soit adapté une flopée de hum anecdotes on dira, principalement sur des écrivains et artistes, souvent drôles (« Henry James s’est caché un jour derrière un arbre pour éviter d’être obligé de passer du temps avec Ford Madox Ford. » page 29—il faut dire que le seul nom Ford Madox Ford m’a toujours fait rire, un peu comme William Carlos Williams, mais quand même), s’intégrant au texte, en devenant le corpus principal. S’amoncèlent les morts d’écrivains donc, de compositeurs et autres, des questions, citations parfois, les avis des uns sur certains autres formant des correspondances sans réel intérêt comme le sont les petits hasards du quotidien. Et Ecrivain, qui en a assez d'écrire, continue à piquer, à copier et à coller, au milieu de tout ça nous fait exemple de parole magique ; s’il dit que ce bouquin est un poème épique, on veut bien le croire. Exprimer une idée la rend réelle, concrète même. Il s’explique, fait vivre par ses quelques interventions et explications (parfois) le flot de non-histoire.
Jouant assez habilement de son effet éphémère d’expérience (un bouquin de ce genre est la limite acceptable, on aurait pu prendre quelques pages de plus, le double étant un maximum honorable, mais un second roman suivant le même principe serait un gros foutage de gueule), Arrêter d’écrire devient—est—rapide, rythmé, régulier, en un sens rassurant, sans savoir si c’est une bonne chose ou non. Sorte de triple ou quadruple litanie à variantes se fondant, s’épissant en un tronc qui vibre peu mais bien.
Se faisant directement écho ou se répondant à quelques pages d’intervalles, les faits (et gestes) accumulés en collage culturel sur l’absurde et la mort, l’absurde et l’art, l’art et la mort, les trois motifs majeurs de l’Ecrivain, artiste absent, donnant un portrait et la justification du suicide progressif et drôlatique de ce roman et de son auteur, de son absurdité pa- et latente, de son statut de cul-de-sac, de jeu, de question très ouverte et de rien du tout.
Connexions en nombre indéfini qui installent un message forcé de faire des bulles à la surface, entre les lignes, dans les interstices aqueux de la page peuplée de noms. Subtil à force de ne pas l’être assez. Un peu chiant à exprimer en mots vu qu’on suppose qu’en dehors de quelques inexistants esthètes exégètes et semelles de vent, tous ceux qui en parleront en diront des choses semblables et de semblable façon (en soi peu palpitante d’ailleurs), qui plus est ces choses en nombre réduit. Intéressant.
les trucs en rapport :
Arrêter d'écrire,
Markson
30.8.07
La pynchonblague de la semaine.
quote
"I'll come along, if I may...?"
"Suture self, as the Medical Students like to say."
i
endquote
Un classique.
Mason and Dixon, page 20.
Si hum so funny.

les trucs en rapport :
Mason and Dixon,
Pynchon
"Quand tu arrives en haut de la montagne, continue de grimper."
Disons qu’O Révolutions est un roman sur l’impossible. Ou de l’impossible. Oui, plutôt. Pas en ce qui concerne ses particularités visuelles, de miroir, de tambour et du tremblement subséquent ; mais une impossibilité de communiquer, d’expliquer, d’empêcher, peut-être de sentir. De voir que le juste milieu, le milieu pile poil, n’existe pas. De choisir. D’être un là où on est deux ; d’être deux puisqu’on est un. Ineffable, indicible. Humain surtout. A partir de ce constat, les contraintes que s’est imposé Mark Z. Danielewski à la rédaction ou quelques unes d’entre elles au moins reprennent un nouveau rôle, touchant à une certaine précision, au moins d’un côté et de près, à ce qui ne peut s’exprimer, usant de possibilités pour parler de ce qui ne peut pas s’en servir. Démarche pas spécialement originale après tout, on sait depuis quelques temps que quelques gens grattent le monde et sa carte pour voir ce qui glisse ou non à partir de ses trous. Mais quand même.
Petit rappel de quelques aspects du bouquin : 360 pages en vis-à-vis (deux textes qui partent chacun d’un bout du livre, la première page (1) de l’un voyant inversée la dernière de l’autre (360)), deux personnages – Sam et Hailey – qui narrent chacun leur histoire, la même dans l’ensemble ; avec l’avancement des pages, le texte devient plus petit, comme s’éloignant du lecteur. Chaque page contient un nombre déterminé de mots (360 pour la majeure partie des pages) et possède chaque lettre O colorée (en vert pour Sam, en jaune pour Hailey—). Structure cyclique et pseudo-infinie. Je suppose qu’aller feuilleter le bouquin rendra ces quelques abscons mots plus clairs. Sachez au moins que pendant et après avoir lu, on peut s’exciter le kiki à trouver des rythmes à l’intérieur de pages (un certain type de poétique du son, de cadencement agencé aidé et désaidé par des brisures, rebonds, densité de portemanteaux à la page carrée, rimes déphasées, symétriques) et encore après si vous êtes atteints s’exciter un peu plus sur les correspondances et symétries, sur les nombres et les hasards qui n’en sont généralement pas vraiment—je ne suis pas atteint. Et convaincu ? Aux trois quarts dis-je.
Transiti—
On trouve chez Kafka cette phrase : « Il y a un but, mais pas de chemin. » (suivi de « Ce que nous nommons chemin est hésitation. »). Hailey, Sam aussi, ont eux un chemin, pourtant pas de but, ni même d’hésitations réelles. Un but qui est ce chemin, bordel. Sam n’est rien d’autre que Sam, 16 ans. Immortel. Pareil pour Hailey. Un nom, un âge, autant dire rien. Aut— —
Finalement, le plus étrange avec cette histoire divisée en deux n’est pas—ne sont pas les différences d’une version à l’autre, elle-même trop symétriques pour que « différences » soit un mot réellement approprié, ni même leurs ressemblances antithétiques, mais plutôt dira-t-on leur correspondance à un niveau temporel et spatial. Personnifications peut-être. Abstractions, mélanges, agrégats (un « Vous êtes métis. » en S256 et quelques vilains mots métaraciaux (sic) bien (ou mal) sentis lancés à l’adresse des deux vont en faveur de ce genre de sens, ou plutôt illustrent un sens qui s’admet au fil du texte). Admettre ça n’a pas forcément l’intérêt qu’on pourrait estimer à première vue (ça vaut pour ce qui suit autant que pour ce qui précède), mais les deux [aur]ont toujours seize ans. Ont choisi d’avoir seize ans, toujours, à jamais, étant donné qu’ils n’ont rien, ne sont pas. Seront toujours là, ont toujours été là, après la page 360, avant la page 1. Ils ont tués les milliers et millions de morts évoqués entre 1863 et 2063, ont fait naître les autres. Les animaux et végétaux s’évanescent à leur contact, ils créent et chient des montagnes. Forniquent partout. Leur simple passage à St. Louis ou partout finit en tempête de merde, et pourtant eux croisent l’espoir. Nouvel ou moribond, mais espoir.
Toujours.
« Mais noUS aussi sommes sans fin. » (S302)
« Parce que je n’existe pas. » (H341)
« NoUS sommes le temps. » (H243)
« Car maintenant
noUS sommes hors temps. NoUS sommes instant. » (S320)
Et ma préférée je crois ; « Elle est l’agonie des pierres. » (S270)
Cycle. Accéléré.
Sauf que. Qu’eux l’affirment ne suffit pas, n’a jamais suffi. Même si tout se vérifie.
Impossible.
Tangentes infinies, infimes, infâmes, infirmes, affirmées, fermées. Ces cercles, ces retours reviennent dans la démarche même du livre. Danielewski utilise une forme sensiblement nouvelle (ou au moins originale, pour ce que vaut le mot), de neufs yeux pour parler de thèmes anciens, classiques, antiques même, techniquement banals et déjà-vus au possible. Sauf que.
L’amour des deux ne s’explique pas, n’a pas d’explication. Pire pour certains et mieux pour moi, n'a pas besoin d'être expliqué, s'explique seul sans explication. Leur liberté, leur perte, leur fin, non plus. Et tous grandissent avec le temps. De même leur conscience en quelque sorte, incapable d’appréhender la fin, se croyant éternel et pourtant apercevant de mieux en mieux qu’elle arrivera. Leur lien, sorti de rien, est la seule chose qui existe et devient cette route qu’ils traversent, cette rupture diagonale entre les texte, croisant des gens sans noms, d’autres aux noms changeant (procédé aussi utilisé par exemple dans Le dimanche de la vie, de Raymond Queneau*, autant s'amuser hors texte), conduisant une voiture qui n’est jamais la même, une Ford T (—on peut en gagner une de 1915 en ayant son permis S totalement en or à Gran Turismo 4) ou une Range Rover, tout ça parce qu’on a perdu son cheval, donc son royaume ; pendant que leur propre temps impose son rythme au temps admis, que leurs mots deviennent les mots. Soit dit en passant, ils n’ont pas de montres. A moins que. Qu’il ait été décidé qu’elles ne figureraient ici que symboliquement. Après tout, l’on n’est plus à ça près. Il n’y a ni « or » dans la version originale, ni « ou » dans la version française. Contrainte qui passe assez facilement je suppose, gage de plus dans l’aspect exploseur de limites du texte.
Tout change, rien ne change. Le rythme ici crée renvoie nécessairement au début d’une boucle, d’une révolution, mais le propos ne veut pas, ne peut pas savoir où la cyclicité du Temps commence ni à quelle(s) échelle(s) elle existe vraiment, sans parler des rapports entre ces échelles.
Ainsi l’énorme S, placé au début de l’histoire de Sam, d’abord estimé comme une indication, amorce de l’histoire à suivre, devient—et de la même manière le H en Hailey—, si l’on tourne la dernière page de la partie opposée, un dernier hommage. La démarche en soi d’aller au-delà de la page 360 dépasse en quelque sorte les limites d’O Révolutions (et ce même s’il possède une date d’expiration en dehors des 360 pages et qu’il est à peu près stupide de limiter le cercle à 360° définitivement définis), mais ces ultimes H et S sont visibles de la page 360, par transparence, pas ici et toujours là, ajoutant une autre dose aux dernières lignes. Ainsi halos, olives, kriss et miels. Prospection d’un autre part jamais atteint, atteint à jamais. Jamais à deux. On a beau essayer. Mais. Finalement irréversible. Le cercle est tout, mais il n’a qu’un sens à la fois.
*Pour rester sur Queneau, on peut estimer une relation entre O Révolutions et son roman Les fleurs bleues. Dans les fleurs bleues, Cidrolin, un gugusse vivant sur une péniche dans les 60s, devient quand il s’endort le duc d’Auge, vivant je ne sais plus quand au Moyen-Age. Le duc devient bien sûr quand il s’endort Cidrolin, et finira, après quelques bonds dans le temps, par réellement le rejoindre. Ce thème est basé sur un apologue chinois bien connu (« Tchouang-tseu rêve qu'il est un papillon, mais n'est-ce point le papillon qui rêve qu'il est Tchouang-tseu ? »). De la même manière — alors que le texte de Queneau présentait des transitions subites qui avaient parfois le bonheur de ne même pas faire savoir au lecteur que de Cidrolin il était passé à Auge avant quelques lignes — exploité par sa forme de double lecture et ses accompagnements historiques, O Révolutions propose peut-être un Sam qui, quand il part, devient Hailey, et inversement, l’autre restant toujours proche, opposé, retourné, capoté.
Petit rappel de quelques aspects du bouquin : 360 pages en vis-à-vis (deux textes qui partent chacun d’un bout du livre, la première page (1) de l’un voyant inversée la dernière de l’autre (360)), deux personnages – Sam et Hailey – qui narrent chacun leur histoire, la même dans l’ensemble ; avec l’avancement des pages, le texte devient plus petit, comme s’éloignant du lecteur. Chaque page contient un nombre déterminé de mots (360 pour la majeure partie des pages) et possède chaque lettre O colorée (en vert pour Sam, en jaune pour Hailey—). Structure cyclique et pseudo-infinie. Je suppose qu’aller feuilleter le bouquin rendra ces quelques abscons mots plus clairs. Sachez au moins que pendant et après avoir lu, on peut s’exciter le kiki à trouver des rythmes à l’intérieur de pages (un certain type de poétique du son, de cadencement agencé aidé et désaidé par des brisures, rebonds, densité de portemanteaux à la page carrée, rimes déphasées, symétriques) et encore après si vous êtes atteints s’exciter un peu plus sur les correspondances et symétries, sur les nombres et les hasards qui n’en sont généralement pas vraiment—je ne suis pas atteint. Et convaincu ? Aux trois quarts dis-je.
Transiti—
On trouve chez Kafka cette phrase : « Il y a un but, mais pas de chemin. » (suivi de « Ce que nous nommons chemin est hésitation. »). Hailey, Sam aussi, ont eux un chemin, pourtant pas de but, ni même d’hésitations réelles. Un but qui est ce chemin, bordel. Sam n’est rien d’autre que Sam, 16 ans. Immortel. Pareil pour Hailey. Un nom, un âge, autant dire rien. Aut— —
Finalement, le plus étrange avec cette histoire divisée en deux n’est pas—ne sont pas les différences d’une version à l’autre, elle-même trop symétriques pour que « différences » soit un mot réellement approprié, ni même leurs ressemblances antithétiques, mais plutôt dira-t-on leur correspondance à un niveau temporel et spatial. Personnifications peut-être. Abstractions, mélanges, agrégats (un « Vous êtes métis. » en S256 et quelques vilains mots métaraciaux (sic) bien (ou mal) sentis lancés à l’adresse des deux vont en faveur de ce genre de sens, ou plutôt illustrent un sens qui s’admet au fil du texte). Admettre ça n’a pas forcément l’intérêt qu’on pourrait estimer à première vue (ça vaut pour ce qui suit autant que pour ce qui précède), mais les deux [aur]ont toujours seize ans. Ont choisi d’avoir seize ans, toujours, à jamais, étant donné qu’ils n’ont rien, ne sont pas. Seront toujours là, ont toujours été là, après la page 360, avant la page 1. Ils ont tués les milliers et millions de morts évoqués entre 1863 et 2063, ont fait naître les autres. Les animaux et végétaux s’évanescent à leur contact, ils créent et chient des montagnes. Forniquent partout. Leur simple passage à St. Louis ou partout finit en tempête de merde, et pourtant eux croisent l’espoir. Nouvel ou moribond, mais espoir.
Toujours.
« Mais noUS aussi sommes sans fin. » (S302)
« Parce que je n’existe pas. » (H341)
« NoUS sommes le temps. » (H243)
« Car maintenant
noUS sommes hors temps. NoUS sommes instant. » (S320)
Et ma préférée je crois ; « Elle est l’agonie des pierres. » (S270)
Cycle. Accéléré.
Sauf que. Qu’eux l’affirment ne suffit pas, n’a jamais suffi. Même si tout se vérifie.
Impossible.
Tangentes infinies, infimes, infâmes, infirmes, affirmées, fermées. Ces cercles, ces retours reviennent dans la démarche même du livre. Danielewski utilise une forme sensiblement nouvelle (ou au moins originale, pour ce que vaut le mot), de neufs yeux pour parler de thèmes anciens, classiques, antiques même, techniquement banals et déjà-vus au possible. Sauf que.
L’amour des deux ne s’explique pas, n’a pas d’explication. Pire pour certains et mieux pour moi, n'a pas besoin d'être expliqué, s'explique seul sans explication. Leur liberté, leur perte, leur fin, non plus. Et tous grandissent avec le temps. De même leur conscience en quelque sorte, incapable d’appréhender la fin, se croyant éternel et pourtant apercevant de mieux en mieux qu’elle arrivera. Leur lien, sorti de rien, est la seule chose qui existe et devient cette route qu’ils traversent, cette rupture diagonale entre les texte, croisant des gens sans noms, d’autres aux noms changeant (procédé aussi utilisé par exemple dans Le dimanche de la vie, de Raymond Queneau*, autant s'amuser hors texte), conduisant une voiture qui n’est jamais la même, une Ford T (—on peut en gagner une de 1915 en ayant son permis S totalement en or à Gran Turismo 4) ou une Range Rover, tout ça parce qu’on a perdu son cheval, donc son royaume ; pendant que leur propre temps impose son rythme au temps admis, que leurs mots deviennent les mots. Soit dit en passant, ils n’ont pas de montres. A moins que. Qu’il ait été décidé qu’elles ne figureraient ici que symboliquement. Après tout, l’on n’est plus à ça près. Il n’y a ni « or » dans la version originale, ni « ou » dans la version française. Contrainte qui passe assez facilement je suppose, gage de plus dans l’aspect exploseur de limites du texte.
Tout change, rien ne change. Le rythme ici crée renvoie nécessairement au début d’une boucle, d’une révolution, mais le propos ne veut pas, ne peut pas savoir où la cyclicité du Temps commence ni à quelle(s) échelle(s) elle existe vraiment, sans parler des rapports entre ces échelles.
Ainsi l’énorme S, placé au début de l’histoire de Sam, d’abord estimé comme une indication, amorce de l’histoire à suivre, devient—et de la même manière le H en Hailey—, si l’on tourne la dernière page de la partie opposée, un dernier hommage. La démarche en soi d’aller au-delà de la page 360 dépasse en quelque sorte les limites d’O Révolutions (et ce même s’il possède une date d’expiration en dehors des 360 pages et qu’il est à peu près stupide de limiter le cercle à 360° définitivement définis), mais ces ultimes H et S sont visibles de la page 360, par transparence, pas ici et toujours là, ajoutant une autre dose aux dernières lignes. Ainsi halos, olives, kriss et miels. Prospection d’un autre part jamais atteint, atteint à jamais. Jamais à deux. On a beau essayer. Mais. Finalement irréversible. Le cercle est tout, mais il n’a qu’un sens à la fois.
*Pour rester sur Queneau, on peut estimer une relation entre O Révolutions et son roman Les fleurs bleues. Dans les fleurs bleues, Cidrolin, un gugusse vivant sur une péniche dans les 60s, devient quand il s’endort le duc d’Auge, vivant je ne sais plus quand au Moyen-Age. Le duc devient bien sûr quand il s’endort Cidrolin, et finira, après quelques bonds dans le temps, par réellement le rejoindre. Ce thème est basé sur un apologue chinois bien connu (« Tchouang-tseu rêve qu'il est un papillon, mais n'est-ce point le papillon qui rêve qu'il est Tchouang-tseu ? »). De la même manière — alors que le texte de Queneau présentait des transitions subites qui avaient parfois le bonheur de ne même pas faire savoir au lecteur que de Cidrolin il était passé à Auge avant quelques lignes — exploité par sa forme de double lecture et ses accompagnements historiques, O Révolutions propose peut-être un Sam qui, quand il part, devient Hailey, et inversement, l’autre restant toujours proche, opposé, retourné, capoté.
les trucs en rapport :
Danielewski,
Kafka,
O Révolutions,
Queneau
25.8.07
ENTropique du Cancer.
L’erreur apparente la plus étrange d’Against the Day, la plus visible, la plus imposante, se situe peut-être à quelques pages de sa fin. Elle n’entame aucunement la fluidité (qui en soi m’étrange toujours vu le flux Pynchonien et sa densité) de la prose et n’a presque pas l’air d’un accroc. A la page 1074, aux lignes 25 à 31 se trouvent ces deux phrases :« CROSSING A SEA newly perilous and contingent—no longer at the mercy of unknown longitude or unforeseen tempests but of U-boats, the terror of a crossing having now passed from God to the German navy, Reef, Stray and Ljubica returned to the U.S. pretending to be Italian immigrants. At Ellis Island, Reef, thinking both his English and Italian could get him in trouble wichever he spoke, remained indecisively mute long enough to have a large letter I, for Idiot, chalked on his back. »
Si je ne me souviens pas en détails des pérégrinations des protagonistes et avoue quelque flemme à relire des morceaux choisis qui s’apparenteraient à environ la moitié du roman voire plus, je sais et me souviens en revanche de quelques petites choses ;
-Stray (Estrella Briggs) et Reef ont bien un enfant, mais celui-ci se nomme Jesse.
-Ljubica est la fille de Reef, mais sa mère n’est autre que la régulière actuelle de Reef : Yash (Yashmeen Halfcourt).
Et sur un autre sujet ;
-Yashmeen n’est (au moins à l’intersection du sein du roman et de ma mémoire) jamais allée aux U.S. of A. Ljubica non plus. Reef, Stray et Jesse, par contre, si, et plus qu’un peu.
Il est après tout probable que cette distension entre la réalité du roman et ce qui y est écrit ne soit qu’une simple erreur, sortant d’on ne sait trop où. Mais sur quelque chose comme AtD, et même si c’est une erreur d’inattention qui a passé les étapes, autant en parler sur une logique stupide : c’est peut-être une erreur, commettons-en une éventuelle aussi.
L’erreur porte donc sur Stray. On pourrait considérer hasardeusement qu’elle est sur le nom Ljubica, mais c’est infirmé si besoin était par un passage quelques phrases plus loin :
« In a train depot up in Montana, during a snowstorm one day, who’d they [Reef, Yash et Ljubica] happen to run into but Frank, Stray and Jesse »
(page 1075 ; l. 8-10) Frank étant un des frères de Reef, qui a retrouvé Stray et Jesse une grosse cinquantaine de pages plus tôt.
Infirmé même si les pages d’AtD contiennent bien deux et non une unique Estrella.
Bref. Je suppose que le contexte s’évoque assez clairement dans la première phrase. On se situe aux alentours de 1920, juste après la première Guerre Mondiale. Reef, Yash donc et Ljubica, partant probablement de la Grèce (un rapide feuilletage m’indique qu’à la page 975, Reef est à Garitsa) ou d’un coin européen avoisinant, vont aux U.S. of A. en se faisant passer pour des immigrants italiens. Ils n’y « retournent » pas réellement—sauf Reef. Le début de la phrase et ses expressions de passage(s) (crossing, newly, no longer, etc.) d’un état à l’autre, couplé d’ailleurs au nom de famille de Reef (s’il est besoin de le préciser, Reef est Reef Traverse) et au passage futur en temps qu’immigrants créent une atmosphère de dédoublement, un des sujets principaux d’AtD. On peut supposer que Reef vogue lui-même entre les versions divergentes de ses mini-familles (Stray et Jesse ; Yash et Ljubica) à un point tel qu’il n’est plus foutu de se dépêtrer convenablement de ces/ses duos. Une autre possibilité, qui renverrait à un passage qui prévoit la transition magnifique entre les quatrième et cinquième parties du roman, voudrait que ce que l’on soit en train de suivre ne soit plus vraiment la réalité interne du roman, mais une réalité qui s’exerce avec l’appareil de Merle Rideout, qui permet en quelque sorte aux sujets d’une photo de peut-être vivre leur vie propre ; une supposition de ce genre peut finalement se tenir et qui nous donne encore le fameux et réjouissant virage à 90° dans le Temps, même si elle n’explique que peu la confusion (on a du mal à voir Reef retrouver Stray en Amérique ET Ljubica en Europe avant de repartir ensemble joyeusement), et présente une autre version des vingt dernières pages. Autre version qui, par la force des choses, serait diablement près de la version offerte par Thomas Pynchon.
Peut-être ce dédoublement de Yashmeen en Estrella est-il un des « minor adjustments » évoqués par Pynchon sur le rabat de la couverture… Comme si… as if Reef, avant même sa confusion et le I de craie écrit sur son dos, I pour Idiota, était déjà perturbé, déboussolé, par les majeurs changements passés, les modifications en cours et les changements mineurs — pour l’instant — à venir. Sans qu’on sache vraiment si tout cela se déroule désormais sur la Terre ou sur l’outre-Terre (contre-Terre, anti-Terre,…), les noms et les personnages [re]deviennent, alors même qu’ils devraient être plus tranquilles, totalement perdus et dépassés par un changement de décor, de situation, de temps, qui se traduit dans le calme, voire le grand ennui.
En prenant le texte à rebours, c’est par contre l’idiotie de Reef qui déteint sur le texte. Idiotie qui n’a rien de réellement fondée au moins à ce moment du roman. Hésitant entre l’italien (son plan et son soi-disant passé) et l’anglais (ce qu’il ne devrait pas savoir parler et sait pourtant), hésitant. Idiotie qui devient si crétin qu’il en confond les mères de ses gamins et dans l’ensemble un peu tout. Il va de soi que l’hypothèse de l’idiotie à rebours n’est que la perturbation sans rebours, le I étant d’ailleurs crayé par une main inconnue, invisible, impersonnelle voire inexistante. Cette idiotie qu’on lui adjoint de force n’est qu’une illustration de son propre dédoublement.
En étant un peu généreux d’imagination, on pourra aussi considérer que les [sur]noms STRAY et YASH présentent une certaine symétrie…
Si je savais de quoi je parlais, je pourrais affirmer que ce changement de nom est délibéré, que c’est un clin d’œil, une œillade, un coup de coude dans le bras même, pour nous exprimer la primauté de l’idée et du possible sur le fait pur et dur, même si cette idée fait partie d’un possible qui ne l’est pas ; une idée qui dépasse ce que nos définitions font de l’univers et ce que certaines autres, malgré l’autre chemin emprunté, ont aussi fait. Ou qu’il y a divergence entre ce qui se passe et ce qui se dit (la carte n’est pas le territoire, tout ça). Mais bon. Ou pire, sortir pour rigoler des histoires d’entropie. Mais bon.
les trucs en rapport :
Against the day,
Pynchon
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